Les chemins de Saint-Jisse

3.2

09:23, 4/06/2007 .. 5 commentaires .. Lien

Rackeve, le 30/05

Methode pour maigrir
Posologie : 30 mn avant le repas
- boire un litre d'un mélange lait-jus de fruits rouges délicieux, frais peut-etre un peu chimique
- sentir un petit dérangement
- rester une heure et demi aux toilettes en apprenant le Hongrois
- passer le reste de la soirée au lit devant un vieux téléfilm francais doublé en Hongrois
- renouveler le plus souvent possible

Kulcs, le 31/05

Les enfants de 4-5 ans, au départ ils sont timides, tu les impressionnes, et puis une heure plus tard, ils te mettent une corde autour du cou et tirent comme des fous pour t'étrangler. Entre temps, j'ai du louper le moment oú mettre la limite, et apres, c'est mort surtout quand tu ne sais dire que "Nem" en Hongrois, tu essayes de varier l'intonation, en vain.

Forcément, je vous fruste en ne vous racontant pas mes rencontres mais il y a trop a dire, alors plutot que mal résumer, je préfere me taire. Surtout que ce qui entoure la rencontre, a savoir le sourire, le regard, les mains..., tout cela est tres souvent percu uniquement par notre inconscient, et le mien est bien timide.

PS : John, a Rackeve, tu peux trouver une Trabant a 20 000 FT, ca va juste te couter dix fois plus pour la ramener a Bruxelles. Tu peux contacter la fille de l'office de tourisme, elle est charmante, en dépit des foutages de gueule de Noémie, elle m'a dit que ce que je disais en Hongrois était tres bien, et d'une maniere bien différente de Claire l'Irlandaise, oh my god so gorgeous, qui me touchait partout juste a cause de mon petit accent francais.

Dunaföldvar, le 1/06

Comme quoi je suis incohérent, j'avais la possibilité de passer la nuit dans l'ancienne Sztalinvaros (vous aurez compris Stalineville), mais j'ai passer mon chemin, trouvant les prix peu a mon gout. Batie sur une ancienne ville influente, Dunajvaros est donc vieille de 50 ans (de quoi impressionner les américains, sic) et constitue une "expérience communiste".

Le résultat est impressionnant, le nombre de parcs, d'habitations, d'équipements collectifs et culturels est si élevé et la rationalisation de l'ensemble si forte que cette alliance du communisme russe et d'un certain esprit hongrois perdure et offre a ses 53 000 habitants une vie facilitée quoique particuliere.

La principale erreur communiste fut peut-etre un exces de rationalisation, reproche paradoxalement souvent effectué a l'encontre de l'économie libérale. A trop vouloir modéliser l'irrationnel, l'homme et son mode de vie, les plans architecturaux ont exercé une privation de liberté au meme titre que l'économie plannifiée ou la centralisation du pouvoir. Il en résulte une ville aérée, verte et fonctionnelle, mais grise, carrée et dénuée des particularités attrayantes qui font le charme des villes humaines.

Je me retrouve ainsi au "chateau de la plaine du Danube" (traduction littérale) a regarder "Out Of Sight" (?) de et avec Steven Seagal.

Dunaföldvar, le 2/06

Plus personne ne se déplace a pieds. Quand tu demandes ton chemin a qq'un, il t'envoie toujours sur la route nationale meme si ca double la distance, et quand tu lui parles d'un sentier qui mene au centre-ville, il t'assure qu'il n'existe pas quand bien meme tu l'as déja emprunté.

C'est un peu comme l'histoire hongroise, chacun te raconte sa version et corrobore ainsi l'adage kénobien. Mais comme Nico me dit depuis des années, ce n'est peut-etre pas la vérité qui est important.

Dunaföldvar, le 3/06

Faites moi penser a faire une expo-photo en rentrant.

Ma quete de la vérité, de meme que mon refus de choisir, provient de mon désir d'universalité. C'est peut-etre la-dessus que pourrait reposer mon hypothétique livre.

Je ne dis pas qu'il est nécessaire d'établir une vérité pour chaque question/sujet ("matter" est le terme exact). Dans l'art, par exemple, et plus généralement dans toute manifestation dépendant de nos particularités individuelles, il serait absurde voire dangereux de contraindre ces dernieres a s'exprimer d'une et une seule maniere. L'art est créé et interprété de mille facons. Tres bien. Il n'en est pas de meme de l'histoire. Ou plutot si, l'histoire peut également etre interprétée de mile facons, mais elle ne s'est produite qu'une seule fois, d'une seule maniere. De l'existence de la Slovaquie, l'on dit soit que ce pays n'a aucune consistance, qu'il n'a jamais rien créé et qu'il doit sa formation uniquement a une amitié de qq'uns avec les vainqueurs de la premiere guerre mondiale, ou alors qu'il est vieux de mille ans, qu'il a toujours été occupé et que sa culture va enfin pouvoir s'exprimer. Comment peut-on vivre de chaque coté d'une frontiere avec deux vérités aussi opposées ? Plus généralement, comment peut-on vivre ensemble avec chacun sa petite vérité individuelle ? Il n'y a de vérité que si elle est partagée. C'est ce travail qu'il convient d'effectuer dans de nombreux domaines pour que la vérité ne soit plus une cause de conflits mais de rassemblement.

Paks, le 4/06

Une église de style Ottoman, sans office de tourisme, je n'ai pu en savoir plus, mais cela confirme mon approche de la Hongrie méridionale et du site de Mohacs.

A la télé, le traité de Trianon est analysé en détail depuis ce matin.

Ces deux défaites historiques de la Hongrie sont toujours présentes aujourd'hui. Je me demande avec quoi faire le parallele en France... Non, décidément, je ne vois pas, cela aurait pu etre Sedan 1870, mais deux guerres mondiales l'ont effacée, cela pourrait etre le gouvernement de Vichy et la déportation massive de Juifs, mais les memes événements ont eu lieu sous le régime d'Horthy ; aucune défaite historique n'a eu une réelle importance sur la France d'aujourd'hui.

Kalocsa, le 5/06

Belle balade en triangle isocele et le Danube en constituait la base. Ai expérimenté la marche d'apres-déjeuner, encore mieux que la sieste.

Penser a rentrer avant l'orage.

Szekszard, le 6/06

A Fajsz, le ferry ne fonctionne plus, surement a cause de la toute nouvelle autoroute M9 8 km au sud, on peut encore le voir rouiller a l'embarcadere. Un peu comme les Trabants surnageant au milieu des 4x4 flambant neufs. Globalement, j'imaginais la Hongrie moins riche et moins chere, peut-etre a cause de mon Lonely Planet, pourtant de 2006 ; ce soir je suis allé dans une pizzeria, les prix ont simplement doublé, c'était rigolo.

Tout de meme, j'ai eu l'honneur de voir a Fasz ma premiere remorque tractee par deux chevaux. Autre vision charmante, une petite de 6 ans sur un velo d'adulte, forcément la selle était trop haute, alors elle était tout le temps en danseuse (c'est d'ailleurs de la que provient l'expression), et donc elle allait super vite sur son vélo trop grand qui la masquait presque entierement.

Je suis donc a Szekszard (pour le prononcer, c'est simple, dites "sex hard") avec une combinaison de places inclinées bien jolies et un centre bien communiste.

Szekszard, le 7/06

Encore une balade sous forme de calvaire, ce qui me fait penser que les églises et autres monuments religieux sont extremement nombreux en Hongrie, du moins le long du Danube.

Keselyus, le 8/06

Aujourd'hui, le plan, c'etait une balade dans la foret de Gemenc, un environnement familier d'arbres, le plus souvent de peupliers, entre les anciens meandres du Danube devenus bras morts. Sauf que la dite-foret fait partie du parc national Danube-Drave et donc, d'une part, en sa qualite de reserve naturelle reconnue, etait conseillee par les guides officiels, et d'autre part, l'association Danube-Drave annoncant la Croatie et la Serbie, mon guide officieux, moi-meme, m'incitait fortement a la decouvrir. Et tout commencait parfaitement, avec un chemin situe sur la rive du Sio, riviere raccordant le lac Balaton au Danube. Recouvert de petites feuilles vertes et de blanches graines de peupliers, et entoure de herons, cicognes et autres oiseaux chantant le petit matin (ca, c'est juste pour le livre, pasqu'en fait il etait midi), le Sio, par son cours presque immobile, la multitude de barques accostees et ses pecheurs pittoresques, m'a offert une des plus belles images de ce voyage. Ensuite, la balade ressembla a ses predecesseuses, je me retrouva a un endroit different de celui escompte, je pris une voie sans issue, bref, j'etait parti pour faire une petite randonnee en foret toute habituelle quand j'entendis d'un cote du chemin un grognement de type porcin suivi immediatement d'un second de l'autre cote. Ne pouvant voir exactement de quoi il s'agissait, mais ayant de fortes presomptions sur la presence de mammiferes omnivores, je n'hesitai pas longtemps entre la possibilite d'approcher un sanglier et de m'eloigner le plus vite possible pour ne pas me retrouver entre deux males en rut ou entre une mere et ses petits. Parvenu suffisamment loin pour pouvoir a nouveau reflechir, je ressassai l'opportunite qui m'avait ete offerte, surtout dans un monde ou il faut avoir tout vu ou fait, que ce soit l'Afrique, le Mont Blanc ou Charlotte, je vous laisse le soin d'attribuer le verbe correspondant au complement d'objet, et je me rappella que la chasse etant ouverte toute l'annee, je risquai donc egalement de me retrouver entoure de chasseurs excites, qu'il s'agisse d'un pleonasme ou non. Je marchai a peine 5 minutes quand, arrive a un tronc d'arbe renverse, j'apercus a une cinquantaine de metres une forme noire de type porcin suivie de deux autres plus petites. Ils avancaient tranquillement, me tournant le dos et pas du tout perturbes par mes sifflets senses leur signaler ma presence. Partage entre l'idee de rester pres de l'arbre abattu pour me percher en cas de besoin et celle de marcher vers eux pour qu'ils me remarquent, je me saisis d'un long bout de bois en me disant qu'il n'avait aucune autre utilite que celle de me rassurer, et m'avanca plus avant. Entre temps, les deux marcassins etaient retournes dans la foret laissant la mere seule sur le chemin. Tout a coup, elle se retourna, m'ayant enfin repere, je devais me trouver contre le vent ou avoir mis peu de deodorant ce matin, si bien qu'elle me faisait face, sans bouger, a une quarantaine de metres. Moi-meme, immobile, mais lui parlant sans arret, je profitai de ce moment de face a face au moins aussi intense que les longues secondes pendant lesquelles j'avais pu capter le regard d'Harrison Ford. A un moment, je fis un geste qui lui fit peur et elle disparut en une seconde. Oui, mais du cote oppose a celui de ses petits. Je devais donc attendre qu'elle traverse ou que ses deux marcassins fassent le trajet inverse. Et effectivement, au bout de quelques secondes, le premier marcassin apparut, et, d'un pas tout tranquille, rejoigna sa mere. Puis apparut le second, qui, tout aussi lentement, traversa le chemin. Je decidai donc de m'avancer quand un troisieme surgit et imita ses freres. Puis un quatrieme, et un cinquieme, et un sixieme... et toujours un par un, et toujours sur un rythme bien paisible. En tout, neufs petits sangliers ont rejoint leur mere, me permettant ainsi, et apres une longue attente, de poursuivre ma route. Je remuai quand meme sans cesse la terre et les herbes avec mon baton pour signaler mon passage et eu une legere apprehension a l'endroit de la traversee pachidermique. Mais je pus continuer ma marche sans autre derangement, je me retournai quand meme regulierement, et me retrouvai un quart d'heure plus tard sur une longue etendue d'herbe tondue en bordure du Danube. Ideal pour une pause dejeuner bien meritee. Quelques nuages s'annoncaient sans toutefois m'inquieter, sauf qu'apres avoir mange une tomate achetee sur le marche de Szekszard, je sentis une goutte, puis deux, et decidai de rejoindre le sous-bois persuade qu'il saurait m'abriter. Ce fut le cas quelques instants, mais je dus vite accepter que je me trouvai sous un orage et formulai l'hypothese : "plus il fait chaud, plus l'orage vient tot". Je n'eus pourtant a marcher sous la pluie que quelques minutes au bout desquelles, j'arrivai a la petite gare d'un train touristique, seul abri dans un rayon de 10 km et dont je ne me savais pas du tout etre aussi proche. Je pus donc finir mon dejeuner sur une table en bois, abrite de la pluie et face au Danube. Ajouter a cela le fait que, malgre une possible intervention du conducteur du train - l'occasion etait trop belle -, j'avais fait fonctionner un echangeur de rails (je ne suis pas sur du terme), la journee se revelait bien sympathique. Je finis juste a temps pour echapper a l'arrivee d'un train et au deferlement des enfants dans ce lieu si paisible et m'en retournai par le chemin le plus direct. Arrivee a une sorte de carrefour de voies ferrees, bien relatif, il releve plutot d'un montage de rails de train miniature, je vis a nouveau sur cette longue ligne droite mes copains les sangliers, deux gros en tete suivis de 17 petits, j'espere que les deux adultes etaient des laies, pasque 17 d'un coup, ca fait beaucoup. Peu apres, j'entendis le train repartir dans l'autre sens et le vit passer juste a cote de moi, je trouve ca fascinant les transports ferrovieres, et fis coucou aux enfants qui s'eloignaient sur les voies. Il ne me restait plus qu'a parcourir cette route toute droite en n'oubliant pas de me retourner de temps en temps. C'etait devenu presque un jeu. Sauf qu'une heure plus tard, je vois derriere moi, au loin, une forme noire que je crois voir s'avancer dans ma direction. Je m'arrete pour etre sur. Oui, pas de doute, elle s'avance bien vers moi et ressemble etrangement aux sangliers precedemment rencontres. En meme temps que je cherche un abri, j'essaie de comprendre, serait-ce le male qui viendrait me donner une lecon pour les avoir effrayes, ou la mere qui veut me donner a bouffer a ses petits ? Vraiment, je ne vois pas, surtout que je lui ai dit que j'etais cool, que si elle ne m'attaquait pas, je n'en ferai rien non plus, bref, je trouve un poteau electrique soutenu par une piece de ciment suffisamment haute avec deux vis parfaites pour me hisser hors de portee du vorace sanglier. Me saisissant du poteau, pret a monter, je voyais toujours la forme s'approcher, mais d'un coup, j'apercus la langue pendant du monstre, en fait d'un sanglier affame, il s'agissait un chien perdu et sans doute assoiffe qui ne m'avait meme pas remarque, decidement, puisque des que je fis un geste il parut effraye et fit de suite demi-tour. Apres ca, je me demande vraiment si je suis pret pour un safari avec des fauves. Une demi-heure avant mon arrivee, une voiture de gardes forestiers s'arreta a ma hauteur et apres les habituelles salutations, l'agent me demanda si je parlais allemand. C'etait un peu comme dans un livre dont on est le heros, j'etais au paragraphe 382, si je repondais oui, je devais aller au numero 423, sinon au 218, et je me demandai lequel me conduisait au poste de police. Je lui repondis par l'affirmative, ce qui deboucha inevitablement sur une autre question : "ou habitez-vous ?". J'ai eu une irresistible envie de repondre une connerie, mais comme je ne savais plus comment on disait "dans ton cul" en allemand, je prononcai le nom du village de ma pension, ce sur quoi il me gratifiai d'un "auf wiedersehen" tout hongrois. Tant pis, les geoles faschistes, ce sera pour plus tard, peut-etre en Croatie ou il faut se declarer aux autorites dans les 48h, ce que, evidemment, je ne ferai jamais.


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défi

05:58, 7/06/2007 .. Publié par Anonymous
chacun a sa propre vérité
il y a rarement de partage en ce qui la concerne
sauf par le regard particulier que l'on porte sur l'autre
qui devient alors, particulier et surtout unique
bon, ça c'est fait...............
t'as pris la flotte????!!!!!!!!!!!!

Ma vérité

11:34, 7/06/2007 .. Publié par Les hermit-ag
La vérité elle est dans le rire des enfants
Qui s'extasient sans cesse au monde renaissant
La vérité elle est dans les fleurs du printemps
Que nos regards admirent et caressent en revant
Elle est dans le soleil irradiant nos campagnes
Elle est dans la beauté irréelle des montagnes

M.t.i




Commentaire sans titre

11:50, 8/06/2007 .. Publié par yellow
à quand la prochaine étape en haut d'un tas de foin tracté par une vieille rosse ?

toujours...

12:24, 12/06/2007 .. Publié par Anonymous
La grande voyageuse me contacte jeudi
t'as intérêt à être en forme
donne nous des nlles afin q je transmette

soleil et calme pour ta route
bises
c

Eau

05:48, 12/06/2007 .. Publié par danube
La flotte, je la prends a peu pres tous les jours, mais je la prefere 10 fois au soleil qui commence vraiment a taper fort.

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