Les chemins de Saint-Jisse | |
4, 5, 6 cueillir des cerises
04:37, 6/04/2007
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4 avril
Bon, je ne sais pas si je vais faire ça tous les jours, je veux dire, raconter mes journées, mais pour l’instant, c’est possible et ça me plaît bien, so.
Aujourd’hui, j’avais prévu d’aller à Tuttlingen, d’envoyer mes écrits des jours précédents et d’y rester la nuit. Les deux premières choses effectuées, j’ai senti comme une envie de partir venant, je dois bien le dire, d’un mauvais feeling avec cette ville. Déjà, c’est une « grande » ville, c’est tout de suite plus oppressant. Ensuite, le bus m’a coûté 1,5 euro pour 3 arrêts et 4 minutes (le trajet en train pour arriver m’avait coûté 2,7 euros à titre de comparaison). Un premier cybercafé (le seul connu de la Touristinfo) ne voulait ni que je branche mon mac, ni que je branche mon appareil photo. Le second m’a compté une heure entière alors que je suis resté 25 minutes, sous prétexte que j’avais changé d’ordinateur pasque le premier ne reconnaissait pas mon appareil. Et puis il faisait froid, et puis je ne pouvais même pas dire dans quel sens coulait le Danube (véridique).
Je suis retourné à la gare, à pied cette fois, le train pour Beuron venait de partir. Soit, je demande à quelle heure part le prochain, la meuf me répond, sans blague « in fünf Stunden », ou alors j’ai pas compris. En fait, il y avait un bus une heure après et un train 40 minutes plus tard. Comme Beuron n’est pas très loin (une trentaine de bornes), je décide de prendre le bus. La belle affaire, j’ai dû visiter tous les villages alentour. Je suis arrivé 30 minutes après le train parti 40 minutes après ! Cela dit, c’est à peu près à ce moment que je me suis dit qu’il ne m’arrivait rien et que je maîtrisais tout.
Mais une fois à Beuron, je me suis bien senti. Le paysage est magnifique, une vallée très étroite, la Danube en bas, un gigantesque édifice religieux et des maisons toutes mignonnes. Je suis sensé trouvé une auberge de jeunesse pas chère. On me dit déjà qu’il n’y en a pas, ensuite j’apprends qu’elle est située dans un autre village tout en haut d’une montagne à trois kilomètres. D’une part, je regrette une fois de plus d’avoir oublié le seul guide de l’Allemagne dans la voiture d’Eric (d’ailleurs, ce serait cool, Eric, si tu pouvais photographier les 3 ou 4 pages concernant les auberges de jeunesse – pas les campings, cf la nuit du 2/04 – et me les envoyer par mail, enfin si je l’ai vraiment oublié dans ta voiture), et d’autre part je me dis que c’est tout à fait jouable, il est 17 heures et il y en a pour une heure de marche. Oui, mais comme j’ai pris la décision de ne plus jouer au con avec mes sacs, je pars à la recherche d’une chambre chez l’habitant. Plus d’Einzelzimmer, les chambres doubles sont trop chères, alors je me dis que je vais peut-être être con finalement et qu’en haut, on doit avoir une belle vue sur le Danube.
Entre temps, je m’aperçois que j’ai perdu ma casquette, je me demande vraiment comment on peut perdre une casquette, et je me dis qu’avec mes caches de brosse à dents et d’appareil photo, ça commence à faire un truc par jour (il faudrait que je compte, mais je ne sais pas si je suis parti avec 180 trucs, sinon va falloir que je donne des membres au destin avant la fin de mon voyage).
Bref, on m’indique que l’édifice religieux propose des chambres, édifice que l’on nommera kloster (cloître j’imagine). A l’intérieur, on me dit d’attendre Pater Thomas, très bien. Entre temps, je fais la connaissance d’une autre personne venue pour y dormir, sauf qu’une certaine réticence se lit sur son visage lorsque je lui dis que je n’ai pas réservé. Je finis de le repousser quand il me dit qu’il est là pour les fêtes de Pâques et que je lui réponds : « ah ouais ? Il va y avoir une fête ? ». Tout ça en allemand. Alors que je ne sais pas si ma malaisance dans la langue de Goethe a atténué mon blasphème ou non, j’essaie tant bien que mal de lui dire que Pâques est la plus importante fête catholique, qu’elle est importante pour moi et que mon école était tenue par des Pères Franciscains (bon, j’ai un peu menti sur le dernier coup, mais il me demandait si je connaissais les Bénédictines, et à part la fille du proviseur, je n’en connaissais pas, alors, j’ai sorti ma carte « Franciscains », je lui aurais bien dit que j’avais fait ma confirmation et donc que j’avais tout le « package », mais mon joker a suffit de le rassurer sur la convenabilité de son interlocuteur ; n’empêche que je suis allé à tellement de « temps forts » les samedis chez les Pères Franciscains que ce n’est pas si éloigné que ça de la vérité). Bref, le Père Thomas arrive, me dit que, normalement, ils ne prennent pas de personne sans réservation, mais que bon, allez, il va se débrouiller. Arrivés aux chambres, il nous présente le programme où une activité sur deux est une prière (ça change de la fête à Gensac où une activité sur deux est un apéro).
Intrigué et décidé à faire les choses jusqu’au bout, je me rends à la Vesper (ce n’est pas un scooter mais la prière du soir). L’église est magnifique et la cérémonie se déroule intégralement en latin. Remarque, ça aurait été en allemand… J’arrive avec 5 minutes de retard au repas du soir à la table des autres invités (ils sont passés par un passage que je n’ai pas trouvé, en tout cas pas osé cherché), et je vois qu’on nous sert des abricots en sirop, du gâteau et du thé. Alors là, j’hésite entre « ils ont mangé le repas avant mon arrivée », « ou même pendant qu’ils étaient à la prière grâce à leur don d’ubiquité », et « c’est un thé plutôt sympa bien que tardif ». Sauf que dans le programme, rien bien sûr ne prévoyait un autre repas. Un pénitent qui connaît très bien les départements de Moselle et Meurtre-et-Moselle nous dit que c’est pour se préparer à Pâques, pour mieux prier. Quand je vous dis qu’il faut priver son corps pour élever son âme ! Bref, je reprends « trois fois du museau », so to speak, évidemment, et je suis le seul à avoir mon assiette remplie au moment d’entamer la prière de fin de repas (pour le « repas », c’est aussi un « so to speak »). Je sèche le « komplet » dont je n’ai pas trouvé de traduction, même si l’opportunité de découvrir le passage secret emprunté par les Pères et les invités me séduisait. Me voici donc dans ma chambre, je précise également que je n’ai rien mangé à midi (c’est ma stratégie en Allemagne, les petits-déjeuners sont tellement copieux que ça me tient jusqu’au repas du soir, quand il y en a un). Je suis circonspect devant l’ouverture dans ma porte permettant de voir ma chambre de l’extérieur, surtout que je suis juste en face des toilettes. Je suis aussi inquiet par une espèce de prise murale non interactive et percée de trous façon haut-parleur sachant qu’il y a un truc prévu à 5 heures du matin, de là à ce que ce soit un appel à la prière…
Tout aurait pu s’arrêter là, si je n’avais pas eu l’idée (bonne, mauvaise ?) de regarder si je n’avais pas de tiques. Je scrute mon corps avec toutes les lumières braquées sur ma peau, et en me disant que si on voit ça de l’extérieur, on va trouver ça forcément un peu louche, je me dis que c’est quand même un peu compliqué de regarder partout. J’emploie la méthode Dubois-coli, je me passe la main partout sur le corps, encore un « so to speak » (d’ailleurs est-ce qu’elles peuvent se mettre dans des parties délicates ?), et à un moment donné je sens un truc sur ma hanche droite, visible donc, je regarde, un truc noir, je touche à nouveau, c’est un peu dur et légèrement proéminent. Mais je me dis que ce n’est pas possible, que pas déjà, qu’il fait trop froid, que je n’ai rien fait de particulièrement sauvage, ah si peut-être hier à la Donauversickerung. Bref, je sors ma pince à tiques, très content qu’elle serve, et après avoir déballé en deux secondes toute ma trousse de toilettes avec la peur de l’avoir oubliée (voyez comme la sérénité règne !), je procède à l’extraction de la tique-potentielle. Je vise, je tourne d’un quart de tour, je retire la pince, et hop, j’ai un truc dans la pince et plus rien sur la hanche. Assez facile en fait, le plus long a été de prendre la décision de l’enlever. Je pose le « truc » sur le rebord du lavabo, c’est vraiment tout petit, je ne vois rien en fait, je ne suis pas du tout convaincu que c’est une tique. Alors, je décide de le photographier. Après une mise au point délicate, je réussis à avoir quelque chose et quand je le grossis, je m’aperçois avec horreur que ça peut carrément être une tique. Je crois même voir ses pinces à l’œil nu. Bouh ! Et comment on fait après pour s’en débarrasser ? Elle est morte quand elle est extractée ? Et qui me dit qu’elle ne va pas ramper dans la nuit jusqu’à moi ? Je décide de la noyer dans le lavabo, mais quand l’eau arrive jusqu’à elle, je ne la vois plus, je crois la sentir dans mes cheveux, dans mon dos et partout sur moi. Depuis, je suis dans mon lit, essayant de ne plus y penser en couchant ses lignes sur mon ibook, mais la sensation désagréable d’être une proie dévorée ne me quitte plus. Un peu comme quand j’avais senti les acariens une nuit de décembre en Normandie, donc baignée par un froid humide, et que j’avais aéré la chambre, secoué draps et matelas pour tomber malade le lendemain pour le reste des vacances. Je ne referai pas la même erreur, je dois me laisser envahir par mon environnement paisible et me dire qu’il n’y a pas de passion, il y a la sérénité.
Et pour finir sur hier et la Donauversickerung, je ne sais comment vous dire combien c’est un truc dément : une rivière qui disparaît ! Bon, je ne l’ai pas vu pasque là, c’est la fonte des glaces, donc toute l’eau se retrouve dans le Danube, mais en été, on peut marcher dans son lit ! Pour en savoir plus, cf l’article wikipédia précédemment posté. 5 avril
Dans l’ordre, j’ai pas du tout perdu ma casquette, elle était restée accrochée à mon sac, mais comme je n’ai cherchée que deux fois, je ne l’avais pas vue.
Ce matin à l’abbaye, pasque c’est une abbaye en fait, plus rien n’était pareille. Déjà, il faisait grand beau, toujours aussi froid, mais grand beau. Ensuite pas d’appel à la prière et plein de Würst alors qu’on est le jeudi saint, le jour du dernier repas, c’est mal ; un gros petit déjeuner avec moult würst, käse, confiture et brötchen, mais toujours pas de lait, ils n’ont pas compris que je ne bois que ça. Je prends quand même le petit pichet de lait accompagnant le café, c’est du lait entier la plupart du temps, miam.
J’ai pris le train entre les montagnes, vraiment superbe, ça donne envie d’y revenir, voire d’y rester, mais ça, je pense que ça va me le faire pour quelques destinations d’un jour. Direction Sigmaringen. D’une grande ville supposée, il s’agit en fait d’un centre très mignon surplombé de l’imposant et néanmoins très fin château connu, notamment, pour avoir hébergé le gouvernement de Vichy et l’écrivain Céline en 1945, et outre ce centre, de nombreuses maisons construites sur les collines environnantes et formant ici et là des petites communes attenantes. Deux promenades m’ont permis d’apprécier l’harmonie de l’eau, du relief, des espaces verts et urbanisés.
Et au cas où vous vous demandiez si je me tiens au courant des actualités, je tiens à vous rassurer, entre les 200 chaînes de télé, le télétext et les nombreuses stations de radio, je survis. Il y a deux jours, c’était réveil avec France Inter, il n’y avait quand même pas France Culture, l’animateur du matin est toujours aussi incisif, et ce soir, j’ai vu le journal de France 2 par TV5. Cela dit, si je veux des infos européennes, j’ai bien compris que je dois aller voir/écouter ailleurs ; les infos sur l’Ukraine, la Tchétchénie ou la Somalie sont un peu plus conséquentes qu’en France.
Dernière chose, il y a un truc qui m’énerve depuis longtemps, c’est le fait de donner la parole aux gens, non pas pasque c’est intelligent, mais pour faire du dimat. Avant de partir, j’ai cru touché le fond en regardant Stade 2 et leur reportage sur un sondage dont la question était : « pensez-vous que le PSG va descendre ou non en deuxième division ? ». Eh bien, mesdames et messieurs, j’ai encore plus affligeant, CNN qui nous invite à nous exprimer sur : « pensez-vous que la libération des otages anglais préfigurent d’une reprise des négociations entre l’Iran et la Grande-Bretagne ? ». Et les réponses sont diffusées à l’écran, comme si ça avait un quelconque intérêt. Maintenant, ce qui est présenté dans les médias, ce n’est pas ce qui se passe, mais ce que les « gens » pensent qu’il se passe. Il y a pareille sur le site du monde.fr par exemple. Faut dire que ça fait du contenu à pas cher, l’avis de madame ou monsieur Moyen étant bien meilleur marché que celui d’un expert en économie ou relations extérieures.
Sur ce, bonne nuit.
Au fait, pour la BO, la version accoustique de Creep, elle vient du single Stop Whispering de 93, de l’album My Iron Lung de 94 ou de l’import japonais Itch en 93 ? En fait, je connais la réponse, mais c’est pour me la jouer, les trois mp3 de Radiohead sont les seuls que j’avais (j’ai l’intégrale jusqu’en 2004), mais je ne les écoute pratiquement jamais. Sinon, je connaissais Leaving New York de REM, Fuck U d’Archive, Killing in the Name de Rage Against The Machine et High Hopes de Pink Floyd. Et j’ai reconnu les voix particulières de Björk, David Bowie et Placebo (évidemment, tu savais que Meds était le seul que je n’avais pas). Excellente BO, effectivement beaucoup de chansons ont un sens dans ce voyage ; j’espère qu’on la trouvera dans les bacs avant la sortie de mon film.
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