Les chemins de Saint-Jisse | |
1, 2, 3 jours
12:40, 4/04/2007
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1er avril
Bon, si toutes les journées de mon périple sont comme celle-ci, je vais voir des paysages magnifiques, mais j’aurai explosé mon budget et mon quota de chance.
Déposé par Cécile et Eric sur les coups de 15 heures à Freiburg in Breisgau, je prends le train qui m’emmène à Triberg via Offenburg, oui, le Offenburg juste à côté de Strasbourg, il est dit que ce voyage ne sera pas marqué du signe de la rationalisation, d’autant que le prix du billet est quand même de 20 euros. J’ai d’ailleurs eu la correspondance à une minute près. La seconde partie en Schwarzwald ressemble à l’idée que je me fais du paradis, des petites maisons, du vert et des montagnes.
Triberg. Je n’aurai jamais traversé une ville aussi petite en autant de temps. Toute en hauteur entre les montagnes de la Schwarzwald, elle accueillait assez bien les premiers rayons de soleil de la journée. Cependant, la gare est tout en bas, alors j’entame mon ascension de la ville. Arrivé sur les hauteurs de la ville, je suis en nage et mes pieds rencontrent les restes de neige du timide hiver passé. On est à 1 000 mètres d’altitude. Je n’ose pas m’imaginer ce qu’il en sera de mon état de chaleur dans la plaine de Bulgarie au mois de juillet.
Je poursuis mon chemin, pasque chemin je dois poursuivre, ne vous avais-je pas dit que je serai le long du Danube le 1er avril ? Bon, on fait un état des lieux : il est 17 heures 30, je n’ai pas de carte, ou plutôt si, deux, une au 1/250 000 ème qui, pour les non-randonneurs, est aussi utile que des Patogas sur terrain dur, et une au 1/100 000 ème que j’ai prise en photo à la gare et que je consulte par l’écran 4 pouces de mon appareil photo et le zoom bienvenu, la classe. J’évalue la distance jusqu’à la source du Danube à 10 km dont 4 en forêt et 300 mètres de dénivelé.
J’y vais. Je fais du stop au cas où. Sur trois kilomètres, je ne vois passer que des grosses berlines ou 4x4 vides. Évidemment aucune ne s’arrête. Je poursuis quand même avec une détermination inversement proportionnelle à mes chances de succès. Soudain une petite voiture s’arrête en plein virage. Un père avec ses deux enfants et des affaires partout me dit de monter. Les clichés ont encore quelque temps pour s’exprimer. On met 3 bonnes minutes à tout caser, le bonhomme, son sac de 75+20 litres et son autre de 30 litres. Il parle un peu français, a fait les chemins de Compostelle à partir de Pampelune, charmant. Ses enfants doivent encore se demander ce qu’il a bien pu passer par la tête de leur père de prendre en stop cette espèce d’étranger chargé comme un baudet. Il me laisse à Schönwald, en tout cas dans une bourgade dont on aurait aimé se faire confirmer le lieu, mais que faute de gens visibles on décide que c’est bien Schönwald.
Il me reste un nombre assez indéterminé de kilomètres à faire à travers la forêt. Il est 18h. Je ne sais pas où je vais dormir ni où est exactement la source du Danube, mais j’y vais. Et alors, là, je savoure ce moment de pure liberté où je peux décider de faire comme je l’entends. Toute ma vie, j’ai entendu « non, on fait pas ça, c’est trop dangereux, il fait froid, le soleil va se coucher, on ne sait même pas où on est, il y a de la neige partout, on n’ira demain, on ne sait pas du tout dans quelle direction aller… ». Bon, immanquablement, je me suis perdu, j’ai demandé deux fois dans le bled et après, j’y suis allé un peu au hasard jusqu’au moment où j’ai sorti ma boussole et vu que j’allais plein nord alors que j’étais sensé aller vers le sud-ouest. Très bien, on change de direction. Et ensuite, je suis tombé sur plein de panneaux, merci les Allemands, et une heure plus tard j’arrivais à la ligne de partage des eaux entre le Rhin et le Danube.
100 mètres plus loin se trouvait la fameuse Donauquelle et une Gasthaus où manger et dormir. C’est une 3 étoiles et c’est 40 euros. Un peu cher, alors je décide de poursuivre en longeant le Danube, première rencontre assez émouvante, jusqu’à Brend où une autre auberge pourrait être plus abordable et me permettre de me connecter à internet (non, là, j’affabule). Je descends donc la vallée pendant deux kilomètres me disant que si je ne trouve rien en bas, je vais devoir remonter tout ça. J’arrive à l’endroit espéré sauf que tout est vide. Il est 19h30, le soleil est couché et il fait bien froid. Une voiture arrive en face, une petite, alors je suis optimiste. Effectivement, elle s’arrête, m’apprend que l’endroit où l’on est n’est pas du tout Brend, que l’auberge de Brend est fermée et me dit de monter pour retourner à la Gasthaus de la source du Danube.
J’arrive juste à temps pour le dernier service. Bien conscient que j’ai dépensé en une demi-journée deux fois le budget journalier fixé, je me commande une bière. Mais une petite. C’est bien d’être riche quand même. Et maintenant, j’écoute Sting sur mon ibook en rechargeant mon appareil photo. Les prochaines journées seront certainement plus concises. Demain, Donaueschingen via Furtwangen.
2 avril
Aujourd’hui, camping, histoire de tester un autre extrême. Cela dit, le voyage « à la roots » devrait être pour plus tard. Près de Donaueschingen, dans une bourgade au nom de Pfohren. En vrac, j’ai chaud, sauf que cette nuit, je risque d’avoir froid, je commence à avoir mal à la hanche et à me dire que marcher 10 km par jour, c’est pas viable sur le long terme. A moins de me délester drastiquement. Ai quitté la montagne et sa neige pour entamer ma descente vers la plaine : bus, stop, marche. Ai vu la fausse source du Danube et sa naissance à la confluence des Breg et Brigach : le Danube est né, vive le Danube. Je suis dorénavant près d’une voie ferrée – elle est même à 10 m de ma tente – je vais donc pouvoir l’utiliser régulièrement, je veux dire en étant dans un train et non uniquement comme voie de marche, enfin j’espère.
3 avril
Je ne suis donc pas mort, et même plus fort. Pourtant, j’ai eu froid, c’était génial. Ce matin à 8h, il faisait 8°C et le thermomètre était au soleil, un quart plus tard, il indiquait 13°C ! C’est dire qu’il ne devait pas faire très chaud en vérité ; cette nuit, ce ne devait pas être loin de 0°C. Je suis resté allongé à peu près 15 heures, j’ai quand même dû dormir la moitié du temps par tranche d’une demi-heure ou d’une heure. En fait, c’était un vrai combat : quand je me suis couché à 20 heures, j’avais déjà à peine chaud, mais il me restait des cartes : tee-shirt Deauville 95, polaire, capuche de duvet et fruits secs à grignoter. Ce n’était pas facile, mais c’était rigolo. Je dois aussi préciser que ce camping était situé au carrefour d’une voie ferrée et d’une autoroute, et que, audiblement, il devait y avoir un couloir aérien au-dessus. Mon problème, c’est que j’y suis allé sans réfléchir, « à la Nico », et qu’après, j’ai dû subir, « à la Florent ». Ce qui était rigolo aussi, c’est qu’il s’est mis à pleuvoir à la fin de mon pliage de tente - faut dire que j’y avais passé une demi-heure - alors ensuite, je suis allé beaucoup plus vite ! La prochaine expérience de camping, ce ne devrait donc pas être pour tout de suite.
J’ai donc pris le bus puis le train et me voilà à Immendingen où je m’apprête à voir la « Donauversickerung ». Cette fois-ci, ce sera pension vietnamienne dans une petite ville de Forêt-Noire, commme quoi, pour voyager, pas toujours besoin d’aller loin. D’ailleurs, c’est comme en France, les Vietnamiens allemands ne parlent pas allemand, c’est peut-être pour accentuer le côté « dépaysement ».
Toujours un peu mal à la hanche, mais, comme dorénavant je limite les marches, je suis optimiste.
Quant aux cybercafés, toujours aucun en vue, faut dire que je ne m’arrête que dans des villages.
Et dernière chose, je suis maintenant armé d’une BO de voyage ; Greg, elle est phénoménale, en plus hier, j’en avais besoin, c’était excellent ! Ajouter un commentaire { Page précédente } { Page 62 sur 79 } { Page suivante } |
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