Les chemins de Saint-Jisse

Guerre

07:55, 9/05/2008 .. 0 commentaires .. Lien

Juste pour vous dire que ce que vous entendez/voyez en France, ce ne sont pas des conneries ! Hier, on a été prié (notre marchroutka, euh mini-bus ou maxi-taxi comme vous voulez) de se mettre sur le côté pour laisser passer un convoi exceptionnel. Et oui, un peu qu'il était exceptionnel, il y avait pas moins de 30 chars, lances-missiles et autres engins dont j'ignore l'utilité et encore plus le nom.

Les Américains ont beau ironisé sur la vetusté du matériel, au moment où la Géorgie se déclare proche d'une guerre avec la Russie, ce n'est pourtant pas très rassurant.

Et si je meurs, je lègue ma collection de cartes X-Files à l'opération "l'Ethiopie meurt peu à peu". Comment ça, c'est trop tard ? C'était en quelle année déjà ?




Match France-Russie

05:21, 8/05/2008 .. 0 commentaires .. Lien
"Si tous les journaux s'appelaient "Paris-Match", Sarkozy serait peut-être aussi populaire que Poutine. Mais la France serait-elle une démocratie?". Non, mais pour qui il se prend ce Bernard Revel du quotidien régional "l'Indépendant" ? 1- Sarkozy fait du bon boulot, les journaux sont injustes avec lui. 2- Paris-Match est un bon magazine, il n’y a qu’à voir son dernier dossier de fond. 3- Poutine est un très bon président et il n’a pas besoin des journaux pour sa popularité. 4- Les journaux russes sont complètement indépendants et n’hésitent pas à critiquer les actions du gouvernement. 5- Et oui, la Russie est une démocratie, je peux acheter autant de bières que je le veux. Autant de préjugés infondés, ça mériterait, après analyse de ses origines ou de son ADN, une reconduite à la frontière ou une déportation en Sibérie !


Eté

05:22, 4/05/2008 .. 1 commentaires .. Lien
Au chapitre des énormes conneries qu'on peut entendre, j'ajoute "on ne peut être et avoir été", et je relance de 10. Pasque ici, c'est l'été. En 10 jours. Je récapitule, début de semaine dernière, il faisait beau, mais un froid de ... Saint-pétersbourg, 2 degrés le matin, le bonnet et les gants que je ne mets jamais en France pasque je ne suis pas frileux. Début de cette semaine, toujours beau mais des températures de printemps qui, donc, n'auront duré (jusque-là, ne nous emballons pas) que trois jours. Maintenant, c'est l'été.

Il fait vraiment bon, à défaut de faire chaud - et oui, tout n'est qu'une question de référence, ici la plupart parle de chaleur et quand ils me voient porter deux ou trois épaisseurs de plus qu'eux, je passe pour le gars du sud (ça fait tout drôle !) et j'ai beau leur dire qu'à Paris, il fait mauvais et même frais, et surtout que je suis surtout à l'aise au froid, rien n'y fait, je suis le gars du sud, en France, il fait chaud ; faut dire que je suis assez fier d'avoir passé trois fois une semaine entre 40 et 45 degrés l'année dernière, ça leur est totalement impensable quand bien même ce n'était pas très loin d'ici, enfin, c'était dans l'est, de là à dire que ce n'était pas très loin... C'est comme l'expression « les gens de l'est », pour eux, ce sont les gens que nous appelons « les Asiatiques », oui mais voilà, « les gens de l'est », pour nous, ce sont eux, ces curieux Russes dont la froideur de l'apparence et de l'expression orale ne reflètent absolument pas la chaleur de leur langue (profusion de mots affectueux) et de leur coeur (on pourrait poursuivre sur ce que l'on appelle "être présent pour l'autre", serait-ce dire bonjour avec le sourire ou passer du temps avec ?).

Bref, il fait bon et toute la ville se couvre de vert. Avec la lumière, c'est magnifique, tout le temps. C'est cool. Enfin. Et enfin, je commence à comprendre des choses en russe, il va peut-être falloir que je sorte parler avec les gens. Et comme je sens une ferveur populaire sur mon apprentissage du Russe, sachez qu’aujourd’hui – et oui, aujourd’hui, c’est dimanche mais tout le monde travaille ici, c’est toujours comme ça après les trois premiers jours « fériés » de mai, on rattrape... – aujourd’hui, donc, premier test, 90 sur 100. Bon, ok, c’était super facile, mais je doute que Samson ait su ne serait-ce que faire 100 ronds autour d’une lettre. Ah, c’est bon ça. J’en profite, j’ai encore le temps.

Et puis, en Angleterre, on a beau dire que c'est le meilleur football du monde, ils ont aussi leurs Guingamp-Sedan, là je regarde un Coventry-Sheffield qui à défaut de servir à m'endormir va bien meubler l'espace de mots russes pendant que je prépare mes pâtes du soir. Comme un vrai sportif prêt à faire un cross de 8,5 km en ne marchant que sur 2 km.

Paka.




C'est le moment des... photos

01:48, 1/05/2008 .. 1 commentaires .. Lien
Il y a un dossier photo intitulé "Pétersbourg-Smolny" si vous voulez dire que je suis difficle sur la beauté de Pétersbourg. Mes cours se situent dans les bâtiment les plus proches de la Neva.



Identité

11:08, 30/04/2008 .. 0 commentaires .. Lien
« Face à tant d’appétit vorace que vouliez-vous que j’y fasse », bon c’est pas du Balzac, mais ça vaut bien une citation quand bien même d’aucune ne l’admire plus comme avant sous le fallacieux prétexte d’avoir mis à exécution son « divorce quarantaine pour la même en plus jeune », c’est d’ailleurs pour cela que je ne vais pas me marier avant mes quarante ans, je passerai ainsi directement à l’étape deux et avec un peu de chance, je toucherais 20 000 francs, et aussi peut-être pasque je ne serai pas prêt avant, ‘fin ça, c’est l’avis d’aucune, pas la même.

Ainsi donc, oui le stade (le vrai, pas de confusion possible, surtout quand on parle de coupe d’Europe, sic) est en finale, j’ai stressé comme un fou devant lequipe.fr et j’envisage de voir dans un mois le match dans un bar irlandais (oui, yen a vraiment partout, c’est comme les restos chinois – et ici, c’est des sushi bars qu’il y a à tous les coins de rue, et d’ailleurs le cri du canard au japon n’est pas « coin coin » mais « coa coa », je ne sais s’ils pourraient se comprendre entre canards français et japonais, faudrait faire l’expérience, les mettre face à face et juger de leur communication à l’aide de critères préétablis à l’avance par…, bon là, j’arrête). Monaco a perdu contre Marseille, ça veut dire qu’on fera pas le triplé ? Ah souvenirs de 92… Et Valenciennes-Nancy ok, mais Lorient-Dijon ? Bon, donc je vous rassure, j’ai accès à toutes ces nouvelles qui font le bonheur des petits comme des grands. Et Germain, oui, la pétanque me manque, mais comme je suis sûr que tu n’as pas oublié que je mène 3-1 sur cette année, tu seras certainement tenté de refaire ton retard… sur un autre terrain peut-être pasque sur celui de la mairie, tu n’as aucune chance, c’est défaite assurée pour toi, comme à Trouville ou à Beurizot.

Quant à l’Auvergne, je tiens à préciser mes écrits au cas-où, le fait que les étudiants étrangers ne viennent de là, pas plus que de Seine-st-denis, n’est pas vraiment un compliment à leur égard. Il s’agit uniquement de préciser l’environnement plutôt bourgeois qui est le leur, environnement contre lequel je n’ai rien, mais qui, il faut bien l’avouer induit des risques sur certains comportements, et le bouchage de l’évier par des kilos de pâtes jetées n’en est qu’une simple illustration. De plus, avec l’ego qui est le mien, je me vois mal critiquer mes racines, pasque rappelons pour le lecteur non assidu que votre dévoué vient d’Auvergne et du neuf trois donc, mais aussi du Berry, du Poitou, de Paris et de Normandie. Et du Danube, et de Pétersbourg dans une moindre mesure bien sûr.

Transition toute trouvée pour associer besoin d’identité et tendance à la globalisation péremptoire. On aime dire « les Allemands sont comme ça », « moi, j’aime pas ceci », ou « ça se passe toujours comme ça ». Et oui, le monde est tellement compliqué qu’on a forcément besoin de simplifier, pour comprendre, pour ne pas être perdu, pour avoir des repères. Ses simplifications sont le fruit d’un besoin d’expression, c’est le besoin d’exister qui nous anime quand on débite ces globalisations abusives. Abusives pasque « les Allemands ne sont pas toujours comme ça », pasque « parfois je peux aimer ça », et pasque « ça ne se passe pas toujours comme ça ». Et c’est le même besoin d’exister qui fait dire à un gamin de trois ans « caca boudin » à longueur de journée. Alors quand je lis qu’un numéro de département serait la marque d’un terroir, ça me fait rire. Bon, déjà, je vais vous épargner les considérations du genre « c’est un débat qui ne doit intéresser que les hommes pour qui la voiture est la marque de leur identité ». Ensuite, terroir pour qui, pour quoi ? La voiture, les passagers ou lieu d’habitation ? Vous croyez que les habitants du Maine-et-loire ou du Doubs conduisent bien et ceux de l’Aveyron ou du Nord non. Vous pensez que les uns sont sportifs et les autres superstitieux ? Je serai le premier à regretter le jeu des plaques d’immatriculation, mais je vous rassure, on existe par notre diversité, pas par des qualificatifs réducteurs.

Enfin, concernant les défis, j’hésite encore sur l’attitude à tenir. « Hè, les gars, on n’a plus 10 ans », « Trop facile comme défi, s’il suffit de se baigner nu dans le golfe de Finlande, je rentre dans l’eau en maillot que je retire ensuite », ou « Bon, faut établir un cahier des charges… ». Non, c’est trop chiant, et d’abord, les défis, c’est moi qui me les lance, et le mien cette année, c’est « pas de défi ». Et puis, il faudrait que j’emprunte un appareil photo pour les preuves, non, c’est trop de calcul, pas assez spontané. Je m’en tiens à la maîtrise du Russe avant Samson, pour l’instant, je crois que c’est bon, et pour que ce soit fair, je lui propose un petit voyage en Russie pendant un temps équivalent à celui que je passe dans un pays non-russophone. Le problème, c’est que forcément il parlera russe avant moi. Quoiqu’à deux ans déjà, on commence à être moins rapide pour apprendre. Je peux toujours rêver.

Dernières allusions aux news :
Comme il est toujours hier pour vous, bon anni cousine.
Et s’il faut détester sa mère pour être écrivain, je suis mal barré.

Allez, il est tard et Liverpool est mené.

Saint-moi



Paskha

01:17, 27/04/2008 .. 3 commentaires .. Lien
Bon dimanche de Pâques à vous. Oui, ici, c’est Pâques, de là à dire qu’ils sont toujours en retard, il n’y a qu’un pas, celui qu’ils n’ont jamais fait sur la lune. Ouh, ça casse, ce matin, ‘fin matin, on s’entend, par rapport à mon lever, bien sûr.

Quoique c’est le matin, même très tôt en Guada, lendemain d’anniversaire de cousine dont j’aurais bien aimé écrire le nom en coréen, mais tout comme cousine dont c’est la fête demain et aussi l’anniversaire mercredi, ça me paraît difficile avec un alphabet ne comprenant pas les sons « f », « v » et « é », et à peine un semblant de « l ». Bref, des maux de tête en perspective (ou indigestions…) et beaucoup de bonheur dans vos maisons respectives.

Et si je me suis couché à 6h, c’est uniquement pour réviser mes cas ou padièch comme on dit ici. Je me rends petit à petit compte que trois mois, c’est ridicule pour essayer de pouvoir parler une langue, alors, tant pis, j’apprendrais au moins la grammaire et je me serais offert 3 mois en Russie, putain, la Russie quand même ! Enfin, je vous rassure, je progresse, commence à comprendre la prof (utile !), mais point de vue fluidité d’expression, ça fait penser à un lapin aveugle, attardé et n’ayant pas mangé depuis 24 heures essayant de gravir la face nord du Vignemale par temps de pluie et de grand vent contraire.

Bah sinon, c’est cool, demain j’ai la visite de franco-anglo-suisse-allemands (encore une cousine), et maman gagne en sagesse, enfin si c’est possible.

La vie d’étudiant, c’est vraiment chouette et ça me fait marrer de passer pour un vieux quand j’exhorte mes « collègues » à en profiter (quoique je le disais déjà ya 10 ans) ; et à chaque fois, j’ai la même réponse « non, tout ça, je pense vraiment que c’est mieux quand on travaille… ». Ouais. Alors là, forcément, je réplique « no offense, but t’as déjà travaillé ? », « oui pendant un mois à … ». OK, je m’incline. Enfin, ça dépend des gens bien sûr, yen a comme Daniel qui veulent produire et payer les retraites des vieux, et ça c’est bien. Ce qui est cool aussi, c’est qu’il se barre, non sans auparavant avoir bouché l’évier, bien sûr. Et ne vous méprenez pas, je l’apprécie vraiment, il est vraiment cool et il est très conscient du fait d’être gâté. Et dans l’ensemble, ici les étudiants n’ont pas l’air de venir du neuf trois ou du Massif-Central, si vous voyez c’que j’veux dire…

A part ça, « le scaphandre et le papillon » avec Anna et Hèssong, oui, en français ; très bon, m’a rappelé l’époque des 150 films par an, encore un sacré bon temps. C’est cool la vie, je vous embrasse et vous bénie d’entre toutes les femmes.

존 샤를 (euh, c’est moi ; en coréen, donc)




Fin d'hiver

07:00, 18/04/2008 .. 1 commentaires .. Lien
Déjà, quelques réponses aux commentaires.

A la vue de son train de vie, visionnage en continue de films sur son ordi, poker online, warcraft, sortie le soir et rentrée – quand rentrée il y a – le matin avec un hoquet pas possible – oui, le ronflement est loin d’être le pire des bruits dans cette affaire, il y a aussi ses réveils qui sonnent « de » partout à n’importe quelle moment et avec un volume sonore susceptible de réveiller tout l’étage… sauf lui bien sûr, je passe sur le fait qu’il doit prendre 4 fois plus de place et consommer 4 fois plus d’eau, de nourriture et de déchets que moi (je suis encore en train d’essayer de comprendre pourquoi il jette systématiquement la moitié de ce qu’il fait à bouffer), et sur son habitude de laisser des papiers par terre et des morceaux de viande sur la vaisselle – bref, vu son train de vie et son état d’esprit – quand il rentre des cours à 16h en étant parti à 10h30, il trouve le moyen de dire : « oh, longue journée aujourd’hui » et de dormir deux heures ensuite, ces deux expressions favorites pour qualifier la Russie sont « manque d’efficacité » et « perte de temps », c’est vrai qu’en termes de glande, il ne perd pas sont temps et affiche même une efficacité proche des résultats de votre interlocuteur dans l’année 96-97 – après une observation, donc, de son train de vie et son état d’esprit, je peux confirmer que Daniel est bien jeune et fait preuve de cette exigence caractéristique d'une certaine classe sociale, ces polos Ralph Lauren sont aussi là pour en témoigner. Ou alors en Norvège tout le monde est riche et se fiche pas mal de bosser dans le pétrole.

Et oui pasque Monsieur est Norvégien, il fallait isoler "iolsberg" (même si ça ne s'écrit pas comme ça) ainsi que les caractéristiques géographiques principales de son pays, et ne pas se laisser perturber par mes habituelles contingences. Bravo à Gyp' donc, et oui, Thierry, il peut m'aider avec le suédois, sauf qu'il a dit qu'il m'apprendrait les gros mots (oh que c'est drôle, encore une de ces médiocres habitudes humaines). Je compte d'ailleurs sur toi pour avoir compris "Utinam", tu es peut-être le seul, et je ne sais pourquoi j'adore ce mot si expressif "Ah si seulement" ; en revanche, je ne me souviens plus très bien, c'est suivi du subjonctif, n'est-ce-pas ? Allez pour finir sur la question, je vous dis "bene valeo" (je vais bien), plus facile à caser tous les jours que "Cartago delenda est" (il faut détruire Carthage). Quand au mot d'encouragement, on dit смелый (courageux) et non смелось (courage), c'est-à-dire qu'on omet le verbe быть (être) aussi à l'impératif ? Ah, curieux, ces Russes, quand même. N'empêche, ya plein de mots français, et ça, c'est plutôt chouette, sans parler des expressions bien particulières, justement, comme tu l'as écrit, дорогой (cher) s'emploie aussi bien pour des biens que pour des personnes, comme chez nous.

Ces considérations, qui peuvent en lasser certains, et je vous prie par arrière de m'en excuser, vous dressent un rapide portrait de mon quotidien, pas vraiment excitant, mais moi, ça m'enchante, les langues étant comme la porte d'accès à ces mystérieuses autres cultures. Ah, et je sais écrire mon nom en japonais, ジャンシャール, pretty cool, hein ? Et grâce à Apple, je peux aussi écrire celui de マリpour son anniversaire (avec un jour de retard).

Sinon bien sûr qu'il y a un Ikéa à Piterbourg, notre mobilier provient d'ailleurs de ce temple de la civilisation suédoise.
Quant à mon espagnol, sachant qu'il n'a jamais existé, je ne peux pas vraiment l'oublier (t'as vu, j'ai compris, enfin j'espère, sans aucune aide), mais je compte bien pouvoir mettre à 70 ans sur mon CV : espagnol : intermédiaire. Ce serait, dans mes plans, après l'apprentissage du Perse et du Japonais, oui, je sais, ça a reculé d'une place, mais Yoko est tellement mignonne (au sens premier, n'allez bien sûr rien vous imaginer).

Merci à tous les participants, désolé pour Nasbinals, un diminutif tendre comme il savent si bien le faire ici serait plutôt Mamotchka, félicitations aux heureux propriétaires dans la capitale européenne et bises à ceux qui signent d'un pseudo à moi difficile (tournure russe) ou Anonymous sans laisser d'indice. Et mention à Gyp', décidément champion multi-disciplines.

Ensuite bonjour à vous tous.

Je tenais juste à préciser que Saint-pétersbourg est très jolie... au soleil, enfin quand il y en a. Je m'y suis promené mardi, et c'est vrai que c'est assez chouette. Oui, mais voilà, on m'a de nouveau dit qu'il n'y avait que 20 jours de soleil par an, j'avoue avoir un peu de mal à comprendre cette statistique - depuis que je suis là j'ai au moins dû avoir 3 jours de beau ciel bleu, ils doivent cumuler les heures ou un truc comme ça - n'empêche que c'est vrai que le reste du temps, c'est désespérément gris. Pas de couleur donc, et surtout pas de vert puisque la neige a rendu les parterres boueux donc "maronnasses". Cela dit, ça vient, le soleil, même derrière les nuages, nous fournit déjà une longue lumière tous les jours, et je suis sûr que dès qu'il fera plus de cinq degrés, on verra un autre visage de cette ville si réputée.

Et la semaine dernière, j'ai été voir le coucher du soleil non loin de notre foyer, couché de soleil sur le golfe de Finlande et non comme d'aucuns veulent le faire croire sur la mer Baltique (pfff, je savais bien que ce n'était pas la mer Baltique). Rien de spécial, juste que ça m'a permis de comprendre que le premier jour, dans ma tournée de reconnaissance des environs, j'avais marché sur l'eau, enfin sur la glace. Les abords étaient limite praticables, boue, neige et déchets, ensuite il y avait une sorte de plage qui doit être beaucoup plus agréable en été, et enfin, cette étendue de glace qui paraissait infinie, un sky-surfeur disparaissait d'ailleurs à l'horizon mais revenait toujours sans être le moins du monde mouillé. J'ai fait une cinquantaine de mètres dans ce golfe, mais si j'avais su que deux semaines plus tard, ce ne serait plus que de l'eau - et si quelqu'un peut-être m'avait dit "même pas cap' " - je serais allé bien plus loin, jusqu'à ce que ça craque, comme dans les films.

Sur ce, je vous le souhaite bien bon, et à bientôt.

PS : forcément niveau régularité, c'est pas ça, mais hè, j'ai du boulot, moi !...



Semaine 1

11:25, 6/04/2008 .. 7 commentaires .. Lien

Bon, ça y est, j’ai bien fait genre j’étais occupé, et tout et tout ? Cela dit, c’est un peu vrai, mais je vais quand même vous dire deux ou trois mots.

 

Deux ou trois mots.

 

Une semaine, putain déjà. Enfin, je ne vais pas me dire ça à chaque seconde, je sais que trois mois c’est peu, alors profitons. Profitons déjà pour apprendre la langue pasque pour 20 heures de cours par semaine, j’en fais jusque-là au moins le double chez moi, ce qui ne laisse que peu de place à d’autres possibles activités. Mais il faut bien ça pour gagner mon défi de langue contre Samson (rappel : j’ai dit que je parlerai russe avant qu’il ne parle français, alors forcément, c’est perdu d’avance, mais comme j’adore ces causes désespérées du genre aimons nous les uns les autres, écoutons avant de parler ou obligeons TF1 vidéo à proposer de la vo intégrale et pas nécessairement ces sous-titres français – encore une cause du déficit de culture en France – bref, je ne désespère pas, surtout que je sais dire depuis bien longtemps déjà « désolé », un truc qui ressemble à « ksajaliniaou »).

 

Ca fait bizarre d’écrire en français, écrire, d’abord, ça fait longtemps, et en français qui plus est, dans un environnement où à part le russe, il n’existe (ou je ne comprends) que l’anglais. Et puis forcément, je reprends mon ton « donneur de leçons » pasque 1, ça énerve, et 2, c’est à prendre avec une certaine distance. Et que ceux qui le veulent me boycottent comme je boycotterais les jeux de Chine.

 

Je n’ai pas vraiment un accès facile à internet, en fait, je pourrais l’avoir en permanence dans ma chambre comme Daniel, mais cela suppose une confiance en son ordi, et j’ai déjà dû réinstaller le système sur le mien suite à un échange de films de c… avec Daniel. Alors j’utilise sa connexion, ou bien il va falloir que je me trouve un cybercafé pas loin, chose a priori pas aisée dans ce quartier où règne le vide et dans cette ville où tout est grand, long et loin. Quant à l’institut culturel français, on y reçoit les journaux avec une bonne semaine de retard, bref, je compterai une fois de plus sur vous pour me donner des nouvelles de notre plus très bonne mais toujours plus vieille France. Comment va Crétin, le huitième nain ? Daniel va bien en tout cas, il ne vous salue pas pasque là, il joue à Warcraft, mais je suis sûr qu’entre ses siestes et son livre sur Staline - j’aurais bien aimé dire entre ses examens d’économie et ses révisions de russe, mais à 24 ans, on a forcément plus envie de jouer que de travailler – il trouvera le temps de vous dire un truc comme « hulla » ou « iolsberg » - fromage par ailleurs assez bon. Il est en passant bien d’accord avec moi que c’est inutile de boycotter les jeux de Chine, émoi qui arrive bien 5 ans trop tard et qui n’a que peu d’impact face aux nombreux contrats commerciaux que nous avons avec eux.

 

Mon arrivée la semaine dernière s’est bien passée, j’avais reçu la veille les deux informations nécessaires au début de mon aventure, l’adresse d’un logement où j’étais supposé être attendu, cela s’avéra être un logement universitaire où l’anglais n’était pas la langue la mieux comprise et après m’avoir demandé ce que je faisais là, on m’informa que j’allais peut-être devoir aller à une autre adresse, sympa, l’accueil. Mais après une demi-heure de palabres, de recherches et d’attentes sans but, je compris que, dans l’immédiat, je pouvais rester jusqu’à lundi. On me mit dans une chambre où régnait une sorte de chaos : guitare, trompette, draps et affaires dans tous les sens, livres disposés au hasard, téléphones mobiles un peu partout et argent éparpillé en différents endroits (à la vue des documents, j’ai hésité sur la provenance : France ou Italie, les poncifs ont la vie dure). Sans que j’eusse demandé quoique ce soit, on m’en extirpa une heure plus tard pour me mettre avec Daniel, donc. La seconde information était la personne que je devais rencontrer le lundi à 9h au centre administratif de l’université, alors que c’était à 9h30 à l’autre bout de la ville, là où je prends mes cours – merci Daniel pour l’info – ce qui donne une fiabilité de l’information russe de l’ordre de 30-40%.

 

J’ai donc une chambre avec ronfleur comme escomptée, deux heures alller-retour dans ces mini-bus typiques et bondés appelés marchroutkas. Comme j’ai un cours de plus le mardi et le jeudi, j’ai le vendredi est libre. Jusque-là, je trouve Pétersbourg bien pourrie, toutes les voitures y sont noires, même les blanches, un mélange de poussière, de pollution et de boue, mais surtout, on est loin du centre – une heure à pied – et tout est gigantesque, larges rues toutes droites remplies de voitures à toute heure de la journée et vastes avenue où la place du piéton est réduite à la portion congrue. Suite aux tracasseries quotidiennes, Daniel me disait que l’hymne russe pourrait être « Do it yourself », même si ce n’est sans doute pas vrai, tout cela me fait vraiment penser aux Etats-Unis.

 

Cependant, j’avais trouvé Kiev plutôt jolie, et c’était dans un style soviétique assez proche, alors mon impression mitigée est sûrement due à la saison et sa déprimante fonte des neiges, ainsi qu’à une projection dans cette ville en provenance de Paris en moins de 12 heures, quand on est passé par Budapest, Belgrade et Odessa, on a le temps de s’habituer. Plus dans quelques semaines.

 

Voilà pour mon quotidien, ne me demandez pas ce que je mange, vous connaissez la réponse. J’ajouterais qu’il y a un nombre impressionnant d’yeux bridés à l’université, le grand jeu étant de pouvoir reconnaître japonais, coréens, chinois et autres nationalités. Notre chambre est assez petite, pratique pour faire le ménage, un peu moins pour Daniel qui, dans son pays de 4 millions d’âmes pour une superficie légèrement inférieure à celle de la France, est habitué à plus d’espace.

 

Soyez forts les jeunes et à bientôt,

 

Saint-Jisse de Saint-Pétersbourg

 

PS : l’évidente question est « de quel pays vient Daniel ? ». Assez facile, mais comme ça tout le monde peut jouer.




Premiers jours å Petersbourg

05:19, 2/04/2008 .. 3 commentaires .. Lien

Bon, ben, ca va être bref.

Salut.

Je vous l´avais dit.

PS : en deux mots finissant, je suis en fucking russia quand même ! Tout va bien, plein de choses mais pas tellement plus que vous chaque jour, alors je vous embrasse et vous dit da ckoro.




6 mois apres le 1er avril

08:52, 1/10/2007 .. 4 commentaires .. Lien

Comme je ne voulais pas que ca finisse, j'aurai ecrit le mot "Fin" deux fois ; c'est une facon de prendre conscience, meme si l'appropriation ou du moins l'acceptation de cette idee prendra des semaines, voire des mois.

Pour finir, j'ai ajoute quelques photos de mon passage en Ukraine, pasque mon appareil photo, en fait, je ne l'ai jamais perdu.

Fin.




Remerciements

03:51, 22/09/2007 .. 9 commentaires .. Lien
Comme hier j'etais dans le train, je n'ai pu souhaiter un bon anniversaire a Angele. Que ce passage symbolique soit a la hauteur de tes esperances.

A ceux qui sont a l'origine de ce voyage,
a ceux qui m'ont aide a le dessiner,
a ceux qui m'ont aide a le preparer, encouragements, avertissements, equipements pratique, ludique, creatif et musical,
hebergements (ou offre) de mes affaires et de mes personnes physique et civique,
"You May Think I'm a Dreamer",
a ceux qui m'ont pris en stop,
a ceux qui m'ont aide a attraper mes trains et bus, ou a trouver un hebergement sur-place,
a ceux qui m'ont nourri et heberge avec sourire,
a tous ceux qui m'ont parle sur un banc, un tronc d'arbre, devant un stand de saucisses ou simplement dans la rue,
"But I'm Not The Only One",
a ceux qui m'ont paye des coups (et ils sont beaucoup),
a ceux qui m'ont donne un souvenir, ou leur temps et leur sourire,
a ceux qui ont partage mes journees, mes soirees et mes nuits,
a ceux que je ne reverrai jamais pasque c'est la vie,
a ceux que je reverrai pasque c'est la vie aussi,
"I Hope Some Day You Will Join Us",
a ceux qui m'ont laisse des messages ou des commentaires,
a ceux qui ne l'ont pas fait par choix,
a vous.


Imagine

09:25, 20/09/2007 .. 0 commentaires .. Lien
Fin.


Mer et montagne

06:22, 19/09/2007 .. 0 commentaires .. Lien

Maly mayak, le 13/09

Quel contraste en quelques kilometres. Je suis passe de Gourzouf, ville charmante bondee de touristes a tel point que si tu annonces que tu ne veux rester qu'un jour ou deux, on te ferme la porte au nez en marmonant quelque chose qui semble bien loin des habituelles amabilites, Gourzouf au cadre magnifique surplombe par le Roman-koch, le sommet le plus haut de Crimee (1543 m), a cheval sur une petite falaise toute mignonne et bordee a l'ouest d'une avancee sur la mer qui de profil ressemble tout a fait a une tete de tortue, la carapace etant formee par les montagnes en arriere-plan, de Gourzouf, donc, a Maly mayak ou etait sensee se trouver une auberge de jeunesse, ensemble d'immeubles compris entre 300 et 500 m au-dessus de la mer et qui comprend 200 m plus bas tout un village vacances pour travailleurs datant de 1963 et d'apparence desert. Sur une etendue couverte d'arbres et si inclinee qu'on se demande comment font les maisons pour ne pas tomber tout en bas dans la mer, se repartissent, ici et la, maisons et chalets, sentiers et escaliers pour former un cadre des plus agreables que ce soit la journee avec les ecureuils au-dessus de nos tetes ou la nuit avec le familier bruit des vagues dans nos oreilles. L'occupation inferieure a la moitie ajoute un indeniable plus a ce lieu. Les logements les moins chers sont simples, certes, mais spacieux et tres propres, et ont un balcon avec fauteuils pour profiter pleinement de cette mer bleue. Jusque-la, mise a part cette montagne plongeant litteralement dans la mer, rien de bien particulier, l'ambiance communiste ayant ete denaturee par ces charmants chalets en bois construits recemment, heureusement, je suis dans une chambre tout ce qu'il y a de typique avec une planche de salle de bains numero 3208 et une table pliable en formica 5822. L'apogee de cette journee fut atteinte au diner que j'avais paye en avance et qui se prend entre 19 et 19h30. On arrive dans une grande salle remplie de tables quatre personnes installees selon un plan de croix sovietique, et apres avoir indique notre numero, le mien etait 23-13 (appartement-maison), on se voit conduit a notre place ou figurent deja l'entree et le dessert. Le plat chaud arrive deux minnutes plus tard, le the dans la foulee et la serveuse de nous souhaiter un "priatnovo appetita" en s'en allant aussi vite qu'elle est venue. Et la, tu regardes ta montre, 19h10, la moitie des personnes ont deja fini, l'autre moitie avale son repas dans une ambiance 1984, il n'y a qu'un enfant ou deux pour troubler la quietude des lieux, c'est une vraie scene de films. Il faut absolument venir ici avant que ca disparaisse. Je n'avais jamais assiste a une plannification si parfaitement mise en oeuvre ni ressenti avec une telle force cette resignation de l'individu, alors les deux reunis dans l'espace et le temps, ca fait un choc. Il n'empeche qu'un quart d'heure plus tard quand j'etais seul dans la salle avec mon bouquin de russe, je me suis vu propose un autre the et un deuxieme dessert ; le personnel, que ce soit l'administration, les femmes de chambre ou les serveurs, est adorable, comme pour nous rappeler que toute generalisation sur la qualite du service issu du communisme est abusive. Et pour la seconde fois consecutive, je vais m'endormir devant cette etendure noire qui se trouve etre la mer du meme nom, mais qui contrairement a ce que voient Claudia et Louis dans leur voyage sur la Mediterranee deviendra bleue au premier rayon de soleil.

Pour completer le tableau de l'Ukraine du sud de 2007, l'activite principale dans rue est le crachat (ou le mouchage a la "sportif"), surtout chez les hommes, parfois chez les femmes, top classe. Les publicites quant a elles suivent deux schemas, la coupure tous les quarts d'heure ou moins frequemment mais qui dure 15-20 minutes. Je pense que depuis 1991, les Ukrainiens sont tombes dans la privatisation comme des morts de faim, plages privees et grosses constructions en bord de mer sur lesquelles les ouvriers travaillent tous les jours, nuit et jour, jour tres doux ou jour de pluie. En fait, entre resultat d'une rationnalisation a grande echelle et capitalisme a outrance, je suis sur que l'ex-Union Sovietique ressemble beaucoup aux Etats-Unis.

Maly mayak, le 14/09

Petite trentaine de kilometres avec cette fois le Zeitin-koch (1537 m), a peine 6 m de moins que le sommet le plus haut de Crimee, autant dire que la-haut, je voyais tout, la mer, la cote, la chaine de montagne mais aussi la plaine du nord de la presqu'ile. Enfin, je n'ai pas pu trop longtemps profiter du spectacle, ce n'etait peut-etre pas tres haut, mais ca restera le sommet ou j'ai eu le plus froid, il ne devait pas faire 10 degres ; quand on a oscille autour de 30/35 depuis 4 mois, ca fait tout drole. Et puis il y avait un vent si fort que je ne pouvais tenir debout sans m'accrocher. Et enfin de gros nuages s'amoncelaient au-dessus de ma tete. A ce propos, j'ai une nouvelle theorie : quand les nuages atteignent la couleur des rochers, il se met a pleuvoir. Ils sont restes a la limite, je n'ai donc presque rien eu. Mais ca m'a un peu fait peur surtout qu'en haut, c'est un grand plateau plisse dans tous les sens, j'ai du franchir une dizaine de sommets a l'aller, mais pour revenir, j'etais un peu perdu, ils se ressemblaient tous et je ne savais plus du tout par ou j'etais passe. Ce qui ne changeait guere des habitudes, je me demande si une fois j'ai pris un sentier balise et indique sur la carte. Enfin, ce qui est bien en montagne, c'est qu'on se retrouve toujours ou l'on veut, il suffit d'avoir de jambes.

Une personne m'a demande a quelle heure je partais demain matin, le probleme, c'est que j'en ai aucune idee, alors j'ai dit entre 9 et 10h, mais elle a insiste, 9h ou 10h ? J'ai dit 10h au hasard, sachant bien que je partirai quand je serai pret, mais ca m'a fait prendre conscience que je suis incapable de me projeter au lendemain, parfois meme dans l'heure prochaine. A Yalta, en montant a l'Endek, je ne savais pas que j'allais poursuivre sur la chaine de montagne, aujourd'hui, j'etais parti pour un sommet a 1400 m, d'ailleurs je ne comptais pas faire de randonne ici avant hier soir et encore moins me trouver a Maly mayak.

Demain, ce qui est sur, c'est que je vais devoir monter de 40 a 540 m d'altitude sur 3 km (je vous avais dit que c'etait de l'a-pic), avec mes 30 kgs (je me triballe toujours cette encyclopedie sur l'eglise orthodoxe byzantine), et ce, juste pour prendre un transport pour l'est. Ce matin, je les ai faits en 45 mn, demain, ce sera une autre paire de sacs. A propos, la ligne de trolleybus desservant la cote ouest est la plus longue du monde, comment j'ai mechamment conserve le ticket...

Alouchta, le 15/09

Deuxieme ville balneaire de Crimee, elle serait tout a fait agreable si on voyait la mer. Car entre les etals des marchands ambulants, les restaurants et les plages privees, notre vue se trouve limitee a qq metres, ce qui implique en passant un effort plus important de notre retine. Pas d'infini donc, mais une belle situation sur les deux flancs de la vallee et la petite colline ou se trouve le centre-ville, et toujours les montagnes en arriere-plan.

A la tombee de la nuit, c'est la premiere fois que je le remarque, les bateaux laissent des trainees noires monstrueuses derriere eux, que ce soit les gros au loin ou les petites embarcations pres des plages. Cette pollution est a la fois dans l'eau et dans l'air, et donne au nom "mer Noire" une autre signification, bien sombre celle-ci.

PS : Quand on prend un an, c'est ou pour longtemps ou bien pour toujours. Mais 31 ans, ca dure juste un an et si peu de jours. C'est pas tout le temps, et exactement, ce n'est qu'un seul jour. Alors profite-z'en, prend ce nouveau jour comme un talisman. Bon anniversaire Noemie.

Alouchta, le 16/09

Bon, c'est fini, j'arrete les randos en Ukraine, du moins en Crimee car je n'arrete pas de me perdre. Alors, c'est joli, c'est vrai, meme apres trois passages au meme carrefour, mais quand meme. J'ai du pisser au meme endroit a deux heures d'intervalle et suis arrive au premier village alors que le soleil disparaissait derriere les montagnes. Mais voila, j'etais encore a 500 m d'altitude, a 7 kilometres a vol d'oiseau de la ville et eloigne de tout moyen de transport (il est bien entendu qu'il n'est meme pas question que je tente le stop etant donne la grande majorite des hommes sentant la vodka). Je tombe sur un berger qui je suis sur va m'indiquer un chemin direct pour la ville, sauf qu'il m'envoie sur la route et me dit de continuer tout droit, merci, j'avais pas besoin de lui pour ca, elle fait au moins 15 bornes cette route, et moi, j'ai envie d'aller au plus court, c'est-a-dire de l'autre cote. Oui, mais au jour declinant, au milieu d'un champ de ronces et avec 5 km de foret epaisse et en pente, je faisais pas le malin, alors j'ai commence par l'ecouter, surtout qu'il gesticulait dans tous les sens du fond de son vallon. Et puis, je me suis dit "j'emmerde la Crimee et tous ses habitants", j'ai decide de n'en faire qu'a ma tete et j'ai cherche un sentier plus court. Et assez rapidement, j'en trouvai un, tout ce qu'il y a de plus direct et qui me permettait de gagner rapidement le centre-ville (j'ai quand meme mis 1h30). Il passait meme par un petit barrage avec une belle vue sur les montagnes et la mer s'assombrissant. Comme quoi, il faut jamais ecouter les autres. Et mis a part ca, c'etait encore une magnifique balade avec, cette fois, de nombreux passages a flancs de montagne.

Soudak, le 17/09

Je commence serieusement a (re-)envisager l'hypothese du choc de civilisation. Ce fut evidemment ma premiere pensee face a tant de desagrements, mais la consideration des Ukrainiens au meme titre de slaves que les Slovaques, les Croates, les Serbes et les Bulgares, et l'absence de problemes avec ces peuples m'ont fait considerer cette population ukrainienne selon les criteres occidentaux. Je tiens, a ce propos, de nouveau a preciser que je ne connais, et encore tres partiellement, que les Slovaques du sud, les Croates de l'est, les Bulgares du nord et donc les Ukrainiens du sud (qui sont en fait des Russes, mais ca, c'est une autre histoire). Les petites differences rencontrees chez les slaves d'Europe Centrale, consommation d'alcool, franchise et retenue dans les rapports avec les etrangers, doivent s'exprimer ici dans une toute autre mesure et ce pour deux raisons, anciennete historique et eloignement geographique de ce peuple, a tel point qu'il est judicieux de reconsiderer les dits-criteres. Il est peut-etre grossier de regarder autrui, de parler avec emphase ou d'attendre un merci pour une porte tenue, ce qui est sur, c'est que l'on ne doit jamais refuser un verre. Le probleme aussi, c'est que ce choc des civilisations me parait en grande partie etre ou avoir ete impose, la complexite de certaines demarches provient du commnunisme et le deficit de culture occidentale cumule raisons geographique, historique et econnomique, leur connaissance de la musique etant presque reduite a Joe Dassin pour la France et aux annees 80 pour le reste. Il subsiste neanmoins un large eventail de comportements allant de la conduite dangeureuse aux nombreuses croyances (superstitions, religion, et meme soucoupes volantes dans le region de Magnitogorsk) que je ne peux m'empecher de relier a un retard de civilisation au risque de passer pour un missionnaire au temps de la colonisation.

- Dis tonton, c'est quoi une cigarette ? - C'est un melange plante-composes chimiques visant a accentuer la dependance que les hommes fumaient et qui, a part jaunir les dents et puanter la peau notamment des doigts, perturbait le systeme digestif et abaissait les defenses immunitaires. - Mais, c'etait extremement mal-sain. - Oh, tu sais, a l'epoque, ils avaient une hygiene bien primitive, par exemple, ils vivaient avec des chiens qu'ils appelaient animaux domestiques, mangeaient avec les mains ou ne se lavaient presque jamais.

Soudak, le 18/09

Ca vient tres vite. Il y a quatre jours - nuits plutot - je dormais pour la premiere fois depuis quatre mois avec une couverture en plus de mon simple drap. Cette nuit, dans les memes conditions, j'ai eu presque froid. Et pourtant depuis une semaine, malgre 2 ou 3 jours gris (sans pluie ou quasiment), il fait toujours beau. Il parait cependant qu'aujourd'hui sera la derniere belle journee. Ca vient vite, trop vite, comme le moment du retour.

Je ne comprends pas pourquoi Soudak est reputee pour etre jolie. Peut-etre pour sa cote si decoupee avec plein d'avancees dans le mer. Pasque la ville, c'est Yalta en petit, une station balneaire sans charme encadree il est vrai par les montagnes et la mer. Et encore, pour ceux qui connaissent les larges et grandes etendues sableuses de l'Atlantique ou de Normandie, n'imaginez pas un seul instant la meme configuration. Ce sont de minuscules plages de galets separees par des digues en beton sur lesquelles sont errigees les clotures des plages privees. Dans les rares endroits publics, on trouve rochers et especes de bite de beton qui devaient un jour avoir une utilite. Bref, pour les longues promenades sur le rivage, on repassera. Mais Soudak fut un passage important sur la route de la soie, comme une confirmation que je suis sur la bonne voie. Voie que je vais laisser la pour l'instant, voie que je reprendrai quand viendra le moment.

Dans une petite baie accessible uniquement d'un cote par une route tortueuse, Novy Svit est bien sympathique. J'ai meme pu faire une balade les pieds dans l'eau malgre les cailloux et une densite digne des plages de Cavalaire au 15 aout. Ca va me manquer ces reflets du soleil dans l'eau vus des falaises. Une bonne chaleur et un ciel sans nuage, comme un condense de ces 6 mois.

Feodossia, le 19/09

Enfin une vue degagee sur la mer. Peut-etre est-ce du a cette ville ou a cette fin septembre ou les etals se reduisent, en tout cas, on a une vue superbe sur la presqu'ile de Kerch et l'est annonciateur. Et c'est une vraie ville avec de vraies batiments, pas une station pour touristes aux constructions precaires, je ne sais pas si ca rassure ou si c'est plus joli, mais ca fait du bien, c'est plus agreable. Mosquee, forteresse genoise et eglise armenienne, un condense de la route de la soire.

 




La cote de Saphir

05:18, 9/09/2007 .. 2 commentaires .. Lien

Aloupka, le 07/09

Je me suis fait voler un truc pour la premiere fois, hormis peut-etre les 200 dinars de Belgrade, mais je crois plutot que je les ai egares quelque part. La chose en question, et qui aurait valu en d'autres temps a l'auteur de ce terrible mefait une main coupee et cent coups de fouet, chatiment qui devait peu ou prou etre inflige de la meme facon a tout ecrivain qui avait offense quelque seigneur avec une nouvelle un tant soit peu egalitaire, la chose, donc, est une portion de 17.5 g d'une matiere qu'ils appellent fromage, un truc pire que la vache qui rit et qui vient de chez nos amis saxons. Je l'avais laisse dans le frigo commun de l'auberge. Alors bon, c'est pas vraiment tres grave, surtout que si le gars m'en avait demande une part, je lui aurait donne la boite entiere, non, c'est juste significatif d'une atmosphere, comme quoi je suis toujours a la limite, que je dois constamment etre vigilant, et ca, j'avoue que ca me fatigue, mais facon.

Aloupka n'est pas particulierement reputee comme etant un lieu de sejour, mais elle merite qu'on y reste plus d'une journee. Passer apres la horde de touristes dans cette region de Crimee est toujours autant un probleme, tant on doit slalomer entre les dechets pour gagner la mer, et quand je dis touristes, entendez bien Ukrainiens ou Russes, toute autre nationalite etant jusqu'a present absente. Ceci dit, la ville toute en pente entre la mer et le mont Ai-Petri (1234 m) avec ses ruelles sinueuses aux allures de labyrinthe, et plus particulierement dans l'immense parc dui palais Vorontsov offre un cadre de vie extraordinaire. Et je continue d'apprecier la cuisine tatare qui comme son peuple a des parfums d'Orient. Les tatars, historiquement proches des turcs, ont toujours ete presents en nombre en Crimee. Ils ont malheureusement aussi toujours ete persecutes depuis le controle de la region par les russes, et ce jusqu'a leur deportation en 1944 en Siberie, au Kazakhstan et ... en Ouzbekhistan. 250 000 d'entre eux sont revenus depuis 1989, mais beaucoup vivent dans une tres precaire situation. J'ai ainsi l'impression, meme vague, de toucher du pied, meme hesitant, la culture perse et ses capitales, Samarcande et Boukkhara.

Et le soir, c'est encore mieux. Ayant la chance d'etre loge en plein centre dans un logement chez l'habitant vieillot mais mignon, j'ai pu gouter l'ambiance de fete dans ces minuscules ruelles a demi-eclairees et quelques mets tatars parmi les nombreux presents sur les etals pourtant tous simples. Excellent, a me remettre le sourire aux levres.

Je serais ukrainien, comment je voterais trop pour Ioulia Timochenko. Je ne connais rien d'elle a part qu'elle etait le personnage principal de la revolution orange et qu'elle a ete limogee de son poste de premier ministre par le president Iouchenko alors touche par certains scandales. Mais j'ai vu comment elle etait mignonne avec sa couette en forme de couronne sur sa jolie frimousse blonde. Oups... Et oui, c'est difficile de considerer une femme uniquement sur sa competence. Surtout quand on ne comprend rien de ce qui se dit dans les debats politiques. Mais ne serait-ce pas le cas d'au moins la moitie de la population, francaise, cette fois ? C'est d'ailleurs surprenant de voir les debats se derouler en deux langues, est-ce pareille en Belgique ou en Suisse ? Et ca me fait penser que tout ce que j'ai pu ecrire sur les Ukrainiens concernent les habitants du sud, c'est-a-dire electeurs a une tres forte majorite de Ianoukovitch (oems : pro-russe), aucune generalisation a l'ensemble de l'Ukraine ne peut donc etre faite. C'est evidemment plus complique, mais dans la guerre froide qui se poursuit ici, on a du cote russe Ianoukovitch, les orthodoxes et les habitants du sud et de l'est, et cote occidental, Iouchenko (et Timochenko), les catholiques et mulsulmans, et les habitants de l'ouest.

Aloupka, le 08/09

Est-ce vrai qu'on n'aime pas les anglais, nous les francais ? Non, pasque depuis 5 mois qu'on me dit ca, j'ai beau repeter que c'est uniquement vrai en rugby, moi, je finis par ne plus trop savoir. Cette fois-ci, cela venait de deux jeunes polonais que je suis bien heureux d'avoir rencontres sur le chemin du retour du nid d'hirondelle, je vous fais grace de son nom en russe, mais sachez que c'est l'un des monuments les plus connus d'Ukraine, et surement le moins interessant du monde. C'est une sorte de petit chateau artificiel comme on en voit a Disneyland, perche il est vrai au bord d'une falaise surplombant la mer Noire et abritant un pauvre resto italien. Ca me donne en fait une tres bonne idee de business, tu trouves un lieu un peu exotique, une grotte par exemple, tu inventes une histoire de princesse connue sauvee des griffes d'un ours par un pauvre, il faut qu'il soit jeune et beau, et tu construis un monument en forme de griffe d'ours que tu appelles "la Griffe de l'ours", rien ne sert d'etre creatif dans ces cas-la. Le mieux serait de poursuivre le leurre en pretendant que Rabelais et meme Louis 16 en fuite, si si, y ont sejourne et tu as ton attraction touristique pour des siecles et des siecles. Ne pas oublier de localiser ce lieu pres des grandes routes et d'y construire des parkings pour un maximum de cars a touristes.

Je peux toujours dire que le russe c'est n'importe quoi pasqu'entre les chiffres 13, 14 et 15, le son "i" est forme par 4 voyelles differentes, mais en francais, on ne prononce le "non" non correctement, mais comme des manants.

Civilites vs. Politesse : j'ai dit un jour que la politesse, c'etait de l'hypocrisie. Il faut evidemment auparavant definir ce que l'on entend par-la, et en ce qui me concerne, j'y range les baises-jambe et ronds-de-main, et surtout les sourires exagerement prolonges. Mais surtout pas les bonjour, merci et s'il-vous-plait qui font partie pour moi des civilites. Hormis cette question de vocabulaire, etant donne que les ukrainiens (du sud) ne se saluent ni ne se remercient entre eux, je ne vois pas pourquoi ils le feraient avec moi. Et j'aimerais affiner ce chiffre exagere, mais j'ai l'impression qu'un homme sur deux est ivre, ce qui modifie de facon evidente le comportement face a autrui.

Aloupka, le 09/09

Les jardins du palais d'Aloupka sont definitivement merveilleux et constituent avec la forteresse de Belgrade et le phare de Trouville mon meilleur endroit au monde, concept a definir cependant. De jour comme de nuit, sa vue sur la mer, ses allees minuscules et si nombreuses, son etendue en pente, en contre-bas des montagnes, recouverte d'arbres, d'arbustres et de rochers, et ponctuee ici et la de petites cascades en font un veritable pays des merveilles.

Cela fait deja plusieurs fois qu'on me dit que c'est la premiere fois que l'on rencontre un francais, c'est dire notre desinteret pour cette partie d'Europe et me fait plaisir a plus d'un titre. Ca contribue a faire de ce voyage une aventure en forme de conquete, et ensuite, je suis bien content de representer une sorte d'ambassadeur de la France, il est surement partial et tres particulier, mais contrairement a la chanson de The Divine Comedy, il est bon. Et evidement, ca peut paraitre pretentieux, mais "eh, c'est moi".

La superstition des Ukrainiens n'est pas un mythe, il ne faut pas echanger de poignee de main sur le seuil de la porte ni donner de l'argent entre deux pieces. Quant au fait de ne pas manger avec son seul couteau, je ne sais trop a quoi l'attribuer. Et enfin, ici, ils parlent, pour certains, toujours en roubles pour designer les hryvnias ukrainiens. Je ne sais pas comment ils font pour echanger leur monnaie contre des 'vrais" roubles. Ils ne font pas sans doute.

Yalta, le 10/09

De France, Yalta apparait comme une petite ville au bord de la mer Noire. Il s'agit en fait de la principale station balneaire de Crimee. Alors pour une meditation au calme sur le monde engendre par cette conference de 1945, je repasserai. Quoique ca sent bien comme il faut la fin de la saison touristique, les etals sont deja a moitie fermes, il fait nuit a 7h et depuis hier, on est repasse sous la barre des 30 degres, voire meme des 25 par moments, cela faisait 4 mois quand meme. Le probleme, c'est que je ne suis plus habitue a mettre quelque chose sur mes traditionnels tee-shirts. Enfin, je vais en profiter pour commencer les randonnees en montagne. Si au niveau de la mer, on a une vue magnifique, qu'en sera-t'il a 1500 m ? Et Yalta est finalement tres agreable, un peu attrape-touristes, mais en cette mi-septembre, elle a un peu du charme de Trouville lors du festival.

Cela faisait de nombreuses annees que je n'avais pas vu de chats amoches. Un chat, par definition, c'est beau, propre et gracieux. Ici, nombreux sont ceux a qui il manque un oeil ou meme un partie entiere de peau. Peut-on relier la sante des chats au PIB local ? Cela dit, beaucoup de chats errants sont du type "sheba", ils sont trop beaux, j'en ai meme vu un avec un belle fourrure et des yeux oranges, on aurait dit Garfield. Je lui ai parle en anglais, en vain.

Yalta, le 11/09

J'ai retourne le probleme dans tous les sens, il est vrai avec des instruments rudimentaires, mais il semblerait bien que j'ai fait 45 km aujourd'hui. En montagne. En 11h. Je suis parti du niveau de la mer pour me faire la moitie de la chaine de montagnes entourant Yalta. En partant, je voulais juste aller au mont le plus proche (1358 m) mais comme il etait tot en y arrivant, je suis redescendu par le lac Karagol (ferme) et la cascade Outchan-sou (sans interet). Rien que la descente par la route fait 20 bornes, il se pourrait meme que je sois modeste (si si). Le but premier de cette balade etait de battre un record d'ascension, le sentier tout droit et en crete s'y pretait bien, mais avec une carte approximative et des chemins jamais balises, et peut-etre une lecture deficiente du couple carte-terrain, j'ai du me contenter d'un peu moins de 6 m a la minute sur 3h et demi (pour les connaisseurs). Mais la vue etait, comment dire... non, il n'y a pas de mot. D'habitude, en montagne, on a vue sur les sommets et les vallees environnants. La, en plus, se presentent en arriere un large plateau ondule et devant, l'immense mer Noire ou bleue en l'occurence, la meteo ne s'etant pas trompee en annoncant un temps clair. La vue sur la mer au sommet d'une montagne, meme moyenne, c'est une vision d'un autre monde, c'est pas croyable, presque incongru, ca n'en reste pas moins une image sublime. Et comme si je ne l'avais pas assez vue aujourd'hui, mon hotel du jour, oui, j'ai change, j'ai beau joue a l'aventurier, moi, je veux des toilettes propres, mon nouvel hotel, donc, me propose une vue sur cette mer Noire qui cette fois merite bien son nom etant donne que je suis rentre a la nuit tombee, je ne vois rien - pour l'instant. Ils pourraient l'eclairer la nuit, la mer, je ne sais pas moi, comme la piscine de Cavalaire. Et j'ai beau cherche, c'est bien la premiere fois que je vois la mer de mon lit. Bonne journee decidement.

Yalta, le 12/09

Comme un signe, c'est par un temps couvert et un chemin reduit a un passage lugubre entre la colline jonchee de dechets et la succesionn de plages privees que je me rendis au palais de Livadia. Celui-la meme ou ce monde pollue et en cours de privatisation a ete produit lors de la fameuse conference de Yalta. Elle n'a rien ete d'autre qu'un gigantesque commerce sur et au detriment des populations. Et dire qu'ils parlent (parlaient ?) d'erriger une statue pour ces 3 hommes. Ils sont fous ces Ukrainiens.

Je vais passer plus de temps en Ukraine que dans n'importe quel autre pays sans vraiment le connaitre tellement le sud est en fait un territoire russe. Langue bien sur, mais aussi voitures et meme drapeaux, c'est pratique pour entendre parler russe, un peu moins pour sentir l'atmosphere ukrainienne.

C'est trop marrant d'assister a une course-poursuite entre deux ecureuils. Ils ont une extraordinaire abilete a faire volte-face a la verticale et a se cacher de l'autre cote du tronc. Non, je ne me fais pas chier, pourquoi ?

 




Warning, welcome to Crimee

07:01, 1/09/2007 .. 3 commentaires .. Lien

Simferopol, le 28/08

Je voulais du reel, eh bien me voila servi. J'ai parcouru toute la ville pour finalement trouver un hotel a 30 euros. Mais l'accueil desagreable de l'hotesse et le jeu de trouver un hebergement moins cher a 17h m'a pousse vers l'inconnu... et deux voisins sentant bon la vodka qui n'arretaient pas de me dire "don't worry" mais qui ont lamentablement echoue dans leur tentative de me caser chez leurs connaissances. Comme dit l'un deux "welcome to Ukraine". J'ai fini chez...

Simferopol, le 29/08

Hier, je m'appretais a ecrire que je me suis retrouve chez le pire des deux, en fait j'ai cru comprendre que l'autre voulait eviter cela, mais s'y est finalement resolu devant l'accueil chaleureux de ses amis. Il m'a cependant averti a plusieurs reprises sur les dangers de l'Ukraine, "Warning, bad people", c'est la premiere fois que qq'un le fait a propos de son pays, ca veut peut-etre dire qq chose. Je voulais poursuivre par une revelatrice description de mon logement, un lit dans ce qui sert de salon au milieu d'un enfilade de 3 chambres, le lavabo ne fonctionnant pas, la baignoire sans eau chaude, je vous laisse imaginer l'etat de proprete, mais le clou de cet epouvantable spectacle residait dans les toilettes, en fait une cabane avec un trou dans une planche, remarque, c'est pratique, pas besoin de tirer la chasse d'eau. Je desirais egalement faire un petit resume de notre discussion arrosee de biere, chacun son litre, avec qq moments forts, "Napoleon, c'est comme Hitler, il nous a attaque", "Avant, on etait un grand pays militaire", "Gorbatchov, prostitute", "Iouchenko, pederaste", on a compris, l'Ukraine n'existe pas pour eux, d'ailleurs, ils n'en connaissent pas la langue. Seulement, au moment d'ecrire tout ca, j'ai ete interrompu par mon ukrainien alcoolique dont l'etat apres un litre de biere ne s'etait pas franchement ameliore. Il me baragouinait des choses moitie en russe, moitie en gestes dont l'essentiel etait que comme je dormais ici, il allait avoir des problemes, que maintenant, il savait que j'avais de l'argent, que je devais me taire sur ce que je lui avais donne et qu'il voulait plus. A cet instant, un des habitants de ce lieu arriva et dit un truc qu'on peut raduire par "allons-y". Euh, ou ? quoi faire ? La, j'avoue que je pris peur. Il avait l'air sympathique, mais les circonstances et les diverses histoires de racket et de brigands russes indolents me faisaient penser que cette fois j'avais ete trop loin et que j'allais le regretter. Je les suivais jusque dans la cuisine ayant completement perdu mon sens de l'humour et donc omettant de penser que ce lieu etait plus approprie car plus simple a nettoyer en cas d'eclaboussures de sang. Je decouvris trois verres, une bouteille de vodka et les traditionnels en-cas l'accompagnant. Mon nouvel hote parlant mieux l'anglais, j'appris que ce jour etait le troisieme anniversaire de la mort de son pere et qu'il desirait boire en sa memoire. Beaucoup de choses se sont passees durant l'heure qui suivit. Deja un soulagement de ne pas avoir ete menace. Je redoutais quand meme que ce moment ne fut remis a plus tard en apprenant qu'un certain Serguei, j'ai toujours trouve ce prenom effrayant, devait nous rejoindre, mais que pour l'instant personne ne savait ou il etait, et en voyant l'ivrogne faire constamment le geste signifiant argent quand il ne crachait pas a meme la piece, si je vous jure. Mais au bout de qq verres, il oscillait entre une position avachie sur la table et litteralement couchee sur le banc. Mon ami me rassurait en disant de ne pas l'ecouter, qu'il avait trop bu et surtout fait des melanges. Ce fut neamoins une discussion interessante, il m'indiqua qu'il n'etait ukrainien que pasque ses parents etaient venus en Crimee avant 1991 mais qu'il se sentait bel et bien russe. A cause de son travail et d'un manque d'argent, il n'a d'ailleurs pas vu sa famille, de Tomsk, depuis plus de 10 ans. Il etait egalement tres heureux de ma presence en Ukraine, dans ce coin depeuple de touristes, et je lui racontai mon periple ayant acquis la certitude que le danger ne pouvait venir de lui et qu'il pouvait meme constitue un allie en cas de soucis. On finit donc le demi-litre de vodka a trois en portant un toast a chaque verre que l'on buvait evidemment cul-sec. J'eus meme la stupide satisfaction de reposer mon verre le premier a la fin de la bouteille. Peut-etre a cause de mon apprehension, je ne sentis pas du tout l'effet de l'alcool, et malgre ma forme eblouissante ce matin, je redoute qu'on me propose une sorte de concours, etant sur de ne pouvoir decliner et de l'etat dans lequel je finirais, mais un peu moins de mes chances de victoire. Je me couchai ensuite au milieu des effluves d'alcool et de cigarettes en benissant le ciel d'avoir mon sac de couchage pourtant toujours aussi chaud en cette saison. Durant la nuit, Serguei fit son apparition mais montra plus d'interet a l'ordinateur qu'a ma presence ou mes affaires. Je me reveillai cependant a 4h34 avec la meme peur de ce qui allait m'arriver et ne fut pas du tout rassure en constatant que je ne pouvais sortir de ma chambre pour aller aux toilettes. Je passai ainsi les deux prochaines heures avec cette intense envie de pisser, revoyant l'autre compere me dire "warning, bad people" et m'imaginant toutes sortes de scenario allant du plus lugubre - pouvaient-ils enterrer mon corps dans leur jardin ? - au simple depouillement de mon argent. Le lever du jour fut un premier soulagement pour ma securite, le sourire de Serguei en fut un autre, et je pus finalement m'extraire sans probleme de ce guet-apens et me separer de mon hote encombrant et sentant un malodorant melange de Medoff et de Tchernihivske. Il etait en definitive plus paume que reellement dangereux, mais il m'a foutu une bien sinistre trouille. Ca me rend triste d'avoir quitte ainsi mon ami siberien et Serguei qui pouvait s'averer aussi charmant. Ce fut une belle lecon de vie, j'en frissonne encore. Pour feter ma liberte, j'ai depense les hryvnias que je croyais perdus dans un de ces nouveaux petits hotels plus chers qu'en Allemagne mais a la proprete impeccable et avec une salle de bains privee pour la premiere fois depuis que je suis en Ukraine.

Mise a part la rigidite sovietique, la raison pour laquelle je trouve les gens peu sympathiques est qu'ici, c'est vraiment "struggle for life", chose qui etait par exemple bien moins sensible en Serbie, comme si la-bas, le desabus l'emportait sur la volonte de s'en sortir. Et cette impression n'a fait que croitre lors de mon avancee vers l'est. Ca doit forcement etre lie au niveau de vie de chaque pays, en tout cas, ca contribue a une atmosphere de moins en moins agreable pour un etranger comme moi. Ou alors je suis fatigue et je ne m'en rends pas comte.

J'ai eu la confirmation par Vika, tous les trains en Ukraine sont couchette, c'est-a-dire que chaque place n'est pas un siege mais un lit, ca fait bizarre.

Je ne sais pas si l'on peut classer l'Ukraine dans les pays du tiers-monde, mais il semblerait que pour les instances gouvernementales occidentales, la France en tete, la venue des ukrainiens dans leurs pays soient aussi malvenue que ce que l'on a l'habitude d'entendre pour les Africains, meme pour un sejour touristique. Et il parait que c'est de pire en pire. Je veux bien le croire, et ce n'est pas avec Sarkozy que ca va s'arranger.

Il faut vraiment que j'aille a Manhattan verifier s'il existe des rues non-fumeurs. Pasqu'ici etant donne que tout le monde fume, on ne peut etre sur un banc ou dans une rue sans inhaler ce poison puant.

Ou commence la prostitution ? Par exemple, ces filles qu'on recrute sur les bateaux de croisiere de fashionTV pour attirer les hommes riches, quelle est leur profession ?

Bakhtchissarai, le 30/08

Dans cette ville ou les touristes partent de la gare en transport vers l'est et les qq joyaux restant de la civilisation tatare, je suis parti a pieds vers le sud et les quartiers d'habitation composes de qq immeubles de seulement 5 etages et d'une multitude de petites maisons dans l'ensemble tres mignonnes et parfois joliment decorees avec de la vigne vierge et un jardin entretenu. Seulement, fort de mon experience d'il y a deux jours, je sais maintenant que la majorite ne doit pas etre vivable selon les criteres occidentaux. Quand je disais que la pauvrete ne se voyait pas, j'en connais maintenant la raison.

Dans l'univers sovietique, tout se declinait en 'complexes' ou 'centres', especes de gigantesques structures ou tout est concentre. On en voit partout et sur des sujets aussi divers que le medical ou les loisirs.

Je commence a prendre la sale habitude de me faire emmerder quand j'ecris. Cette fois-ci, c'est un gars qui passe devant moi et me demande sans prelude "karta Oukraine ?", puis devant mon air interrogateur me designe mon sac. Il avait visiblement remarque la carte de Crimee que des voyageurs anglophones m'avaient donnee a Odessa. En me disant qu'il fallait que j'apprenne a fermer mon sac, je la lui tends et sans merci ni rien, il commence a la deplier et a l'etaler parterre. La chaine de la proprete etant ainsi rompue, j'etais egalement preoccupe par le fait qu'il se penche dessus avec sa cigarette a moitie en cendres. Il la regarde une seconde, la retourne et l'etale derechef sur la route. "Ca va, tu veux pas pisser dessus tant que tu y es ?" Comprenant qu'il s'en foutait en fait bien comme il faut de la carte, je commence a ranger mes affaires, subit le classique interrogatoire "d'ou tu viens", recupere ma carte et lui dit au revoir, ce a quoi, il ne prend pas la peine de repondre. C'est impressionnant la difference avec la Serbie ou tout le monde m'abordait avec le sourire et un mot gentil comme s'ils voulaient tous me donner qq chose, ne serait-ce que leur temps. Ici, j'ai la sensation inverse qu'ils veulent tous me prendre un truc. C'est d'ailleurs visible quand j'aborde qq'un, on dirait que sa premiere reaction est la peur, c'est dire l'atmosphere qui regne dans cette region. Et tant pis si j'effraie les autres, je ne me raserai pas, si ca peut dissuader certains...

Je peux me tromper pasque c'est complique, mais je predis une rapide amelioration du niveau de vie des ukrainiens. Ils ont tout, des ressources naturelles, une terre fertile, une force physique et un caractere opportuniste. Reste une lenteur et une complexification heritees du communisme chez certains, mais ca va forcement changer. Quant a l'intelligence, ca reste a demontrer. Ce dernier critere, assez surprenant, je vous l'accorde, m'a ete inspire par Orsoja qui qualifient ainsi ses consoeurs hongroises. Sur le coup, j'avais trouve ca particulierement gonfle, sauf que connaissant ce sentiment de superiorite, je me retrouvai en terrain familier, mais aussi tres etonnant, peut-on qualifier un peuple d"intelligent" ? On dit bien en parlant des habitants de certains pays qu'ils sont beaux, ce qui concerne d'ailleurs plus la partie feminine de ces populations, et ce pour deux raisons, la beaute est feminine et le jugement masculin. Pourtant la consideration de l'aspect physique est tres relative alors que des que l'on touche a l'intelligence, on est dans le domaine de l'absolu. Bref, je ne suis pas persuade que l'on peut classer les pays sur une echelle d'intelligence, il faudrait deja la definir et pouvoir la mesurer chez tous les individus. Beau programme pour les generations a venir.

Bakhtchissarai, le 31/08

A Kherson, je me suis pese pour 25 centimes, de francs, je veux dire. Pasque le cours de la hryvnia est tres proche de celui de feu le franc, surtout quand on obtient cette monnaie depuis un bankomat avec sa carte de credit pourtant premier - ou gold dans d'autres langages de banque - d'un jaune moutarde metalise asolument magnifique, sois-disant adaptee aux voyages internationaux, mais ne dispensant pas de ces abusives comissions de banque, plus de 6% d'ecart avec un simple echange contre euro dans un bureau de change. On pourrait dire, et d'ailleurs certains francais rencontres le font, que c'est tres simple, il suffit, lors de la lecture d'un prix, de remplacer hryvnia par notre ancienne monnaie, le franc pour avoir une idee de valeur. Seulement voila, 5 ans et demi apres l'introduction de l'euro, il est bien difficile de repenser en franc, du moins pour la plupart des biens et services pasque pour d'autres, tenez, moi, par exemple, quand j'etais enfant, je m'interessais aux voitures, leurs vitesses, leurs cylindrees, etc, et parfois il m'arrivai de tomber sur un magazine, comme ce gros exemplaire qui devait etre une edition speciale couvrant toute l'annee avec la photo de la F40 en couverture et que je feuilletais pendant des heures ches Tony et Sylvie, quoi ? ca ne vous interesse pas ? D'accord, il y a des moyens plus subtils pour faire durer le suspens de la decouverte de mon poids, sauf que ce sera plus efficace en film, pasque la, vous pouvez passer sur toute cette partie et arriver a la fin du paragraphe, si fin de paragraphe il y a d'ailleurs, ou alors je mettrais la cesure a un autre endroit, ou encore ... bref, dans ce magazine etait indique peu ou prou tous les prix de tous les modeles de toutes les voitures, je voudrais bien savoir s'ils mentionnaient la Zastava ou la Trabant plus connue, et donc, pour moi, le prix d'une voiture est en franc et non en euro, evidemment, le fait que je n'ai jamais eu de voiture et me suis completement desinteresse du sujet depuis y contribue largement. Mis a part ca, donc, et ... non, ok, j'arrete, il m'est desormais impossible de compter en franc, alors, j'ai du faire la conversion en euro. Ainsi, pour 4 cents, j'ai decouvert que je faisais soixante six kilos et deux cents grammes. Tout habille avec mes chaussures et tout. C'est bien, j'ai rien perdu, rien gagne, ca fait plus de 10 ans que ca dure, un point au moins sur lequel je n'ai pas change.

Je suis passe en mode shuffle sur ma BO, alors forcement entendre Bad Ambassador de The Divine Comedy apres Sparring Partner de Paolo Conte, ca surprend. En fait, c'est comme si j'avais une nouvelle soundtrack.

Aujourd'hui, grande marche. Arme de ma carte que je ne comprends pas tant il semble manquer des choses dont des routes, pour l'explication, j'ai le choix entre la (non-)transparence sovietique et l'anciennete de la carte, avec celle-ci donc, j'ai enchaine les trois sites celebres de Bakhtchissarai mais decevants selon moi, avant de prolonger par divers entiers qui m'ont mene en haut des collines avec une vue superbe sur des plateaux calcaires inclines et parsemes d'abruptes vallees creusees par de petits ruisseaux. Cote ouest, j'ai meme vu la mer Noire vers laquelle plongeait le soleil et suis passe par un immense et magnifique cimetiere juif, tres vieux, les inscriptions hebraiques profondes etaient encore bien visibles. Nullement indique, je suis tombe dessus par hasard, il est situe en pente, en sous-bois et occupe tout un flanc de colline. Avec le tapis vert-orange des feuilles tombees, la lumiere du jour declinant et les pierres tombales a demi renversees, cela donne un spectacle fabuleux.

Il faudrait un jour que je recense tous les crimes contre la liberte de chacun, allant des plus anodins, fumee de cigarettes ou volume sonore des lecteurs de musique jusqu'au plus graves, privations de paroles ou de mouvements, toutes ces atteintes a la sacro-sainte loi "la liberte de chacun s'arrete la ou commence celle des autres".

Je ne sais pas pourquoi, mais sur les deux dernieres semaines, ca fait deux fois que je me reveille dans un pur etat de bonheur. Ce matin, pourtant, il s'est vite trouve perturbe par mon ampoule qui s'est cassee alors que je voulais ecrire, une voiture qui s'est mise a klaxonner en bas de l'hotel a 5h du matin et une odeur que j'ai recommence a sentir. A ce propos, je voulais attendre d'etre sur pour en parler, mais depuis mon arrivee en Ukraine, et je vous assure, ce n'est pas psychologique, je sens regulierement une odeur bizarre, a la fois piquante et etouffante, comme si c'etait un melange d'ordures, de soufre, de monoxyde de carbone et de radioactivite. Bon, la, j'invente, sauf que tous ces elements ont de serieuses raisons d'exister dans l'air ukrainien. Alors j'espere que c'est une vue de mon nez, sinon je pers regulierement en esperance de vie.

Ah oui, et je voulais dire aussi combien je suis content de ne pas etre une femme. On parle souvent, et a tres juste titre, des problemes rencontres par les handicapes pour vivre, mais plus simplement, je dirais que ce monde n'est pas adapte pour les femmes. Pour ne citer que l'etat des trottoirs ou des toilettes, je me demande comment, avec moins de force, les femmes peuvent faire plus de choses que les hommes. Sans parler des mediatiques mais persistantes differences de traitement. En fait d'un soulagement personnel, c'est une admiration sans borne que j'eprouve.

Bakhtchissarai, le 01/09

Le lever a 13h49 apres plusieurs reveils successifs, autant de rendormissements ainsi qu'un peti-dej frugal limitant de facon evidente les activites de la journee, le poussif apprentissage du russe prenant une partie de l'apres-midi et la retranscription sur internet de mes aventures memorables occupant l'autre, je n'ai pour ainsi dire rien fait. Juste assiste a la transhumance des jeunes de la ville qui tels les vaches regagnant leur etable suivaient ceux devant eux pour arriver a la boite de nuit en passant par l'oblige arret biere dans le seul magasin encore ouvert. Dans lequel, et de maniere completement incongrue, je desirais acheter de la nourriture, moque par les males et double par les femelles sous pretexte qu'elles etaient a peine habillees. Je propose de preciser la definition de l'adjectif cool : "se dit d'une persone qui sait s'amuser sans boire ni fumer". J'en connais au moins deux, que ce soit par religion ou simple choix, ils se sont affrontes dans une course de lapins sans precedant et peu importe le vinqueur tant que l'ivraie se pointe.

Bakhtchissarai, le 02/09

Encore une plus grande marche pour rejoindre une autre cite troglodyte, ce qui n'est qu'une succession de trous dans la roche, parsemes de dechets qui plus est, mais situe sur une ile au milieu d'un ocean de vide, ou butte temoin pour les geologues. En faire le tour et l'arpenter dans les trois directions de l'espace etait tres amusant d'autant que la vue sur les vallees et les memes plateaux bordes d'une ceinture de rochers etait somptueuse. Ca m'a fait penser a la vire des fleurs en moins haut et moins abrupt. Avec un paysage qui commence a prendre ses couleurs d'automne. Perche sur mon ile, j'ai decouvert le chemin de ma derniere ascension de la journee, ou plutot l'absence de chemin, un peu inquiet, surtout que d'apres ma carte, j'etais sense traverser la barriere de rochers avant d'arriver en haut. Confiant sur le fait que le sentier devait etre cache par les arbres, je descendis et m'engageai sur ce qui semblait etre un chemin, le probleme est que plus j'avancai, plus il etait recouvert de vegetations. J'ai du marcher comme ca, a flanc de colline, le double de distance indiquee par la carte avant, quand mon espoir allait s'evanouir, de tomber sur un bon gros sentier des familles et d'arriver sur la crete en cinq minutes. Je n'ai donc jamais vu le chemin de la carte et ai pris un autre absolument pas indique, Si on ajoute a cela qu'il manque des lignes de niveau et l'ombre portee nord-ouest/sud-est, je me demande a quoi elle me sert a part avoir l'air pro. Mais il parait que c'est la meilleure de la region.

Bref, la montagne, c'est magnifique, surtout quand il n'y a personne. Et je me dis que meme si c'est parfois tres dur, Sylvain a bien raison d'en tenter le tour du monde.

A propos des ravages de l'alcool, j'ai vu coup sur coup deux gars allonges sur le trottoir. Ils semblaient encore bouger. Mais pour combien de temps encore ?

Pendant ce temps-la, a Deauville, devant plus de journalistes que de cinephiles, quelqu'un remercie le realisateur de lui avoir donne plus beau role de sa vie et parle d'un "amazing script" et de "wonderful actors". Et dire que je loupe ces elans de sincerite et de creativite.

Sebastopol, le 03/09

Je suis a Sebastopol, si ca c'est pas la classe... En plus, la partie centrale est superbe, en bordure de baies avec vue sur la Mer Noire, un tres long front de mer avec bancs et echopes, une colline en plein centre surplombant la ville et la baie du sud, et des parcs a tous les etages de la ville. A ce propos, pour l'instant, je suis invaincu aux echecs en Ukraine ; bon, ok, c'etait contre un enfant handicape mental et un vieux limite senile. Sinon, je veux bien que Sebastopol soit tres propre, comme unanimement admis, sauf que ca ne concerne que les qq rues centrales, et encore, dans ce cas, Paris n'existe pas sur l'echelle de la proprete. Sinon, Sebastopol fait partie de ces villes creees par Grigori Potemkine sur la volonte de la tsarine Catherine de developper l'Ukraine, partie de l'empire appelee "la nouvelle Russie", ironique quand on sait que la Rous-kievienne, ancetre de l'Ukraine est en principe admise comme etant a l'origine de la Russie. Elle n'a donc meme pas 250 ans, mais a connu, entre la guerre de Crimee et la seconde guerre mondiale, deux sieges, 600 jours au total, qui l'ont par deux fois completement detruite. Ainsi tous les immeubles et batiments datent d'apres 1945, ce qui lui confere une atmosphere particuliere. Et Sebastopol, c'est aussi la correspondance pour chez Denis, la Fnac, la Baiser Sale, Notre-Dame, l'UGC Danton, la rue des pubs, les boutiques chiques, l'Arlequin, la gare, l'UGC Rotonde, chez Walter, le RER et ... chez moi. Enfin, contrairement a ce que j'ecris dans chaque hotel, ce n'est plus officiellement chez moi et on ne peut pas dire que ca me manque.

Felicitations a la chaine d'informations Ukrainienne pour de vraies nouvelles du monde, Argentine, Bangladesh, Thailande, Australie, autant de regions jamais traitees par nos chaines nationales.

A l'image de cette ville, l'Ukraine a connu un passe particulierement tragique, toujours occupee par les Polonais, les Lituaniens ou les Russes, souvent devastee, notamment par les Mongols, la coalition France Grande-bretagne Turquie et aussi l'Allemagne nazie, elle a subit maintes oppressions de la part des tsars ou des communistes russes. En 1932, par exemple, des miradors furent erriges autour des champs ukrainiens et toutes les recoltes confisquees. Ceux qui ne mouraient pas de faim faisaient cuire les cadavres et meme tuaient leurs propres enfants pour les manger. Un epouvantable bilan peut etre constitue par 5 millions de morts en 1932-33, 2 millions lors des purges staliniennes de 1937-39 et 6 millions lors de la seconde guerre mondiale. 13 millions en 13 ans, franchement, ce n'est pas croyable. Je ne sais pas s'il a existe pire un jour ailleurs. Et au risque d'etre contredit par les futurs etudiants, ce n'est meme pas dans les livres d'histoire.

Sebastopol, le 04/09

Petit mot sur mon hotel, le plus beau et le mieux place de la ville avec un excellent petit-dejeuner. Ok, il n'y a pas un gars qui t'ouvre la porte, mais ca reste le moins cher de Sebastopol.

Marche en ville le long de la cote, sauf que je me suis vite retrouve face a des clotures. J'avais oublie qu'on etait dans l'ex-pays constructeur des mur de Berlin et rideau de fer. Je me suis donc amuse a m'inflitrer dans deux clubs nautiques et une usine. C'est utile de pouvoir passer dans des trous minuscules et escalader des talus herbeux tres friables. J'ai quand meme reculer dans un port militaire devant deux molosses et me suis dit que franchement, pour avoir un chien, il fallait aimer lui gueuler dessus a longueur de journee, pour soit lui dire de venir 'ici', soir d'arreter d'aboyer. Ce a quoi, evidement, il ne comprend rien. Cela m'a aussi permis de confirmer qu'en dehors des deux arteres principales, Sebastopol est bien sale, enfin pas plus qu'une autre ville du sud, n'allez pas croire que je m'acharne sur elle. Seulement, on m'avait tellement dit que c'etait propre ; en fait, les gens, comme les redacteurs de guide, ne doivent pas marcher plus de 500 m.

Poursuivons sur ce sujet. Imaginez que vous etes sur une montagne de dechets haute de 10 m et d'une surface d'1 ha avec dans la main une bouteille vide que vous devez jeter. Je comprendrais que vous le fassiez ici, chercher une poubelle serait inutile car il faudra des bennes entieres et par milliers pour nettoyer ce lieu, alors une bouteille en plus ou en moins... a moins que vous ne croyiez en l'importance du geste individuel, mais ca, c'est un autre sujet. Et imaginez-vous avec cette meme boutielle sur une magnifique pelouse de printemps fraichement tondue. La, on ne comprendrait pas que vous vous en delestiez sans rejoindre la poubelle la plus proche. Maintenant, faites le chemin de cette tonne de dechets a cette pelouse impeccable, ou est la limite, ou est votre limite pour jeter une bouteille vide en pleine nature ? Et c'est la meme chose pour un chewing-gum sur l'autoroute, une peau d'orange dans un parc, une facturette dans la rue ou un megot sur les rails d'un train. Et ne venez pas me dire que ce serait mieux de guerir les malades du sida, ca n'a rien a voir.

Et pour finir sur Sebastopol, en plus d'etre une tres belle ville, elle a le parfum des villes cotieres et une eau turquoise se colorant d'orange au coucher du soleil sur la baie. Amoureux, soyez les bienvenus.

Entre les clips d'Elvis Presley, de Joe Dassin et de Kylie Minogue chantant "Je ne sais pas pourquoi" (ah, doux souvenir, 20 ans quand meme), moi, je ne sais plus trop en quelle anne on est.

Balaklava, le 05/09

Auberge de jeunesse de type ukrainien qui contrairement aux apparences n'est pas pire que certains hotels de type ukrainien. Apres un rapide nettoyage des toilettes, tout est propre, en effet si l'homme pisse debout pour montrer sa force, il n'a en revanche pas compris comment tout mettre a l'interieur de la cuvette ; comme je suis seul, j'ai meme les 90 lits pour moi, enfin facon de parler pasque la meuf m'a bien dit que je ne devais occuper qu'un lit, comme si je pouvais me decouper et mettre un membre dans chaque lit de ma chambre...

Ca continue avec Joe le taxi, Voyage voyage, Comme un ouragan et autres tubes de mes cassettes NRJ hits et boulevard des hits volume 2.

La petite marche jusqu'aux ruines du fort genois en haut de la falaise permet de surplomber la crique autour de laquelle est batie la ville et d'avoir une vue degagee sur la mer Noire et la chaine de montagnes la bordant. A cote, Cavalaire, c'est de la petite biere. Ca restera un des plus beaux paysages de mon voyage. J'ai fait une petite sieste a l'ombre d'une des tours et me suis reveille face a la mer et au ciel bleu azur. Il fait toujours aussi beau, on a eu presque de la pluie a Sebastopol, mais le lendemain, grand soleil, toujours et encore, pour moi, c'est un record.

Balaklava, le 06/09

Second jour pour admirer la Mer Noire, mais de l'autre cote de la baie. Les flots prennent la couleur des montagnes dont les parties non herbeuses virent du jaune a l'orange caracteristique de la fin du jour. Celle-ci arrive de plus en plus tot et plus uniquement pasque je me deplace vers l'est.

 




Ukraine du sud

05:31, 26/08/2007 .. 6 commentaires .. Lien

Kherson, le 23/08

Aujourd'hui, c'est mon moisiversaire, alors j'ai decide de ne rien faire. La difference avec les autres jours ? Je vais le faire bien. Par exemple, je vais regarder les filles 50 cm plus bas et remarquer combien elles sont magnifiques. Tant qu'on ne regarde pas leurs visages, sans rire meme les allemandes en ont de plus jolis, non je rigole celles-ci ont les plus beaux yeux qu'ils m'aient ete donne d'admirer, si on omet leurs tetes donc, les Ukrainiennes donnent raison au Cheyenne quand il dit a Madame McBain "tu ne peux pas savoir le bonheur qu'on les hommes comme nous a regarder une fille comme toi". A ce propos, les filles (toujours au vocatif), quand vous marchez, est-ce que vos genoux se touchent ?

Sinon, depuis mon arrivee en Ukraine, je note un petit retard sur certains points fondamenatux, la meuf sous son parapluie apparait sur les ondes 2 mois apres la serbie, les jupes a volant de l'an dernier se portent encore et le plus grave, c'est que je n'arrete pas d'entendre Hadaway et ses comperes a la radio.

Si j'avais le temps et le courage, je decrirais sur des pages entieres ma chambre d'hotel haute de 4m, le papier-peint et le parquet decimes par une ancienne inondation. Le long couloir menant aux facilites penche sur un cote et l'eau a un gout epouvantable. J'ai le choix entre m'assoir sur mon lit constitue d'une superposition de matelas ayant du servir pendant la seconde guerre mondiale ou sur une minuscule chaise bancale qui apparait completement decalee dans ce gigantisme sovietique. Le plus drole reste la television dont je ne saurais dire si elle est couleur ou non. Le nombre de chaines est limitee par les gros boutons rouges sous l'interrupteur, les images sont sans cesse ponctuees de lignes blanches et rouges, les programmes sont evidemment tous en russe ou en ukrainiem avec une qualite technique tres relative. Je ne peux pas trop juger de la pertinence des propos, mais j'ai apprecie de voir le presentateur qui, apres un reportage, etait coupe par le bord gauche de l'ecran et cherchait desesperement la camera des yeux. Bienvenus dans les annees 60, et pour pas cher, 7 euros avec toilettes normales, douche chaude et une proprete presque acceptable. Le probleme, c'est que c'est ca ou des hotels a 40 euros. Le choix est vite fait. Merci quand meme aux deux jeunes ukrainiennes de m'avoir trouve ce plan, pasque seul dans une ville ou tres peu parlent anglais et veulent t'aider, c'est jamais evident.

Constatation d'Odessa : ca me fait marrer ces europeens qui crevent de chaud des qu'il fait plus de 35 degres. Moi, tout va bien, je suis comme un poisson dans l'eau (entre sueur inevitable et douches regulieres). Le retour en France risque d'etre glacial.

Kherson, le 24/08

Je viens de vivre un moment derisoire mais tellement formidable. Hier, j'ai paye 40 pour la chambre et 3 pour la douche. Ce matin, je paie ces memes 43 hryvnias, mais quand je viens demander la cle de la douche, la reveche vieille de l'accueil me dit de payer 3 hryvnias "maintenant". J'essaie de lui expliquer que j'ai deja paye pour la douche, mais elle me repond "3 hryvnias maintenant sinon pas de douche". Elle me dit que le prix de la chambre est 43 et que je dois payer 3 en plus pour la douche, je lui demande pourquoi hier c'etait 40 pour la chambre, elle me repond que c'est 43. Je lui dit qu'hier j'ai paye 40, mais elle maintient "Niet, 43". Encore une qui a trop vecu pendant l'epoque communiste. Le probleme, c'est qu'ils sont legion ici. A la louche, sur les 12 jours passes dans le sud de l'Ukraine, j'evalue a un quart les personnes sympathiques, le reste ne parlant pas anglais, se foutant completement de mes efforts pour parler russe ou meme simplement de ma presence. C'est vrai que j'avais deja remarque qu'entre eux, ils ne se saluaient ou ne se remerciaient que tres peu, mais je n'ai jamais vu autant de personnes m'ignorer ou meme se foutre de moi. Et pourtant, je n'ai jamais ete aussi ouvert que depuis que je suis en Ukraine. Je dois mal m'y prendre. Ou bien je tombe fin aout quand ils en ont marre des touristes. Sauf qu'ici, il n'y a pas d'etranger. Bref, je ne comprends pas.

Kherson, le 25/08

Dans un parc, en ce samedi ensoleille de la fin aout, j'ai vu defiler plus de 30 mariees, et donc 30 ou 60 maries selon le sens du mot. Je suis parti ensuite sur le port pour en voir encore 5 ou 6. Avec tous ceux que j'ai manques, ca doit faire plus de 50 mariages dans la journee. Pas mal pour une ville de 300 000 habitants.

L'occupation principale des enfants est la baignade dans le Dnipro. Rien que le nom effraie, mais quand il s'agit d'un minuscule espace improvise entre le port des petroliers et les geantes grues de la zone portuaire, et que l'eau est recouverte d'algues et de dechets en tous genres, on prie pour que leur immunite naturelle les preserve d'un quelconque accident ou d'une probable maladie.

J'adore le sourire fige de ces femmes riches rencontrant des personnes de basses conditions. Il n'a d'agreable que le nom puisque derriere cette facade se devoilent peur, incomprehension et degout.

J'aime beaucoup aussi ce couple dont l'homme n'arrete pas de renifler, de cracher, et de se moucher dans ces mains. Cela n'a pourtant pas l'air de deranger sa compagne.

Le visage des Ukrainiennes est deforme, bouffi, tombant, avec de petits yeux et sans le moindre sourire.

J'ai obtenu un merci - pour avoir laisse le banc a des maries, sauf qu'ensuite, et malgre ma volonte visible de retourner m'assoir, leur famille n'a pas daigne me laisser une place - mais toujours pas de regard. Sans rire, ils m'ont remercier comme ca, en passant devant moi, sans me regader. Ca doit faire partie de leur culture.

C'est la plus evidente terre de contraste qu'il m'ait ete donne de voir. D'un cote, on croirait les gens plus riches qu'en Europe occidentale, il suffit pour cela de regarder les voiturtes, les habits et les divers accessoires. En arriere-plan, l'autre moitie de la population ramasse les canettes de bieres vides. Je crois aussi que je suis en plein dans le monde de l'apparence.

Je n'ai egalement jamais vu de jeunes fumer si tot, des garcons, bien sur, ayant entre 10 et 12 ans.

Si on le fait pour les bieres en verre, pourquoi pas pour tous les emballages ? Faire payer plus cher les aliments necessitant un contenant et rembourser chaque retour dans des poubelles appropriees.

Kherson, le 26/08

Sur la rue pietonne de Kherson, les feuilles tombent des arbres. Et sans le balai incessant des balayeurs, elles transformeraient le sol en un tapis orange. Comme en automne. Un automne qui aurait 4 semaines d'avance. Un automne qui ne serait que soleil et chaleur. C'est avec le spectre de cette saison contrastee que j'envisage le temps du retour ou vont se meler fin de l'etranger et parfums familiers avec l'espoir que mon arrivee puisse compenser mon depart, que vos retrouvailles guerissent cette entaille.

Mais comme ce moment a en fait toujours ete present, je me suis accorde une avance consequente. Pour etendre mon sejour dans l'univers linguistique russe et/ou prendre le temps de revenir dans la francophonie. Officiellement, ma date de retour est le 30 septembre. Sauf que je ne sais pas si c'est la date de mon depart ou celle de mon arrivee. Et cela est d'autant plus vague que je ne sais meme pas quels seront mes points de depart (Kerch ?) et d'arrivee (Paris ?). Si on ajoute a cela le fait que cette date peut changer dans des proportions encore insoupconnees, on se retrouve face a une sorte de chaos organise. Toujours est-il que j'ai 4 semaines pour en profiter. 4 semaines pour apprendre (le russe) et comprendre (les Ukrainiens). 4 semaines avant l'automne, le vrai. Et si le vrai cap etait celui des 32 ans ?

Kherson, le 27/08

Demain la Crimee, j'espere que les touristes seront partis. J'ai pris mon temps a Kherson, je pourrais faire de meme a Simferopol en attendant d'avoir un espace un peu moins superficiel.




L'Ukraine, tout simplement

03:03, 16/08/2007 .. 3 commentaires .. Lien

AS : pour les photos du Delta, vous pouvez aller sur le site de Sylvain et l'article correspondant.

Reni, le 13/08

Quand je vois sur la carte ce que j'ai fait comme chemin, j'ai la double sensation d'etre revenu en arriere, en fait, c'est tres bien, ca me permet d'apprecier le Danube cote ukrainien, et d'avoir fait tres peu de distance. Malgre tout, c'est un sentiment de fierte que je ressens envers moi-meme, mon corps et mon esprit.

Tout devait etre simple, je devais arriver a Reni vers 6h, prendre un bus pour Izmail, puis en fonction de mon feeling peut-etre un train pour Odessa. Ca aurait eu de la gueule sur une carte mais avait le risque de ressembler a ces corps attirants, beaux en apparence, vides en realite. Heureusement, il n'en fut rien. Leve a 4h, je fus pret a 5h moins 10 pour attendre mon bateau, seul sur le quai noir mais eclaire comme la veille par les guirlandes de la fete. J'attendis. Je savais bien qu'il etait tot, mais la seule presence des balayeurs et des sauveteurs transportant un corps (sans/avec vie ?) d'un bateau vers une ambulance m'inquietait. Sans perdre des yeux mon ponton, qui de toute facon restait sombre et ferme, je commencai mes va-et-vients sur le long port interrogeant au moins 20 personnes et ayant autant de reponses differentes. Cette comedie dura deux heures pendant lesquelles je pus admirer le lever du soleil, l'eveil du port et la migration de la population masculine vers les chantiers a l'ouest. Je finis par la recherche d'un bateau/agence de voyage Star 2000 qui s'avera etre a 1 km sur la route du sud et que je renoncai a atteindre. Ce qui m'inquietait le plus etait que personne n'etait au courant de l'existence de ce bateau pour Reni (c'etait pourtant la seule liaison de tout le delta avec l'Ukraine). Personne sauf le premier gars que j'avais interroge et qui m'apprit qu'il etait en panne et qu'il ne passerait pas aujourd'hui. A 7h, je me decidai a sonner a l'agence de voyage qui m'avait eu ce bateau et la, double miracle, mon interlocuteur ouvrit, il etait cependant en petite forme, et mon bateau etait repare et partait dans une heure. Je compris pourquoi il n'y avait pas d'autre liaison, j'etais seul, personne n'allait en Ukraine, et ce bateau fonctionnait uniquement quand des groupes etaient prevus. Il desservait Reni, Galati en Roumanie et Silistra en Bulgarie avant de faire le trajet inverse l'apres-midi. Avant le depart, j'eus droit a un interrogatoire sur les raisons de mon voyage (vous savez, c'est complique), et les causes de mon celibat (alors la, j'espere que vous avez du temps) ; ce fut tout de meme assez superficiel. Pendant une heure, je fus confortablement assis dans la partie avant avec une vue panoramique sur mon beau Danube. J'etais cependant a la limite du sommeil a cause de ma nuit de 5 heures et de la seule banane avalee, mais l'arrivee prochaine en territoire ukrainien allait me permettre de regulariser tout ca. C'est donc dans une grande attente que je m'appretais a debarquer alors que le capitaine parlait avec un policier ukrainien. Tout ce que je compris fut "Niet". C'etait simple, ca voulait tout dire. Pendant de temps, tout un groupe de Moldaves embarquait et moi, j'etais avec mes deux sacs a dos bien decide a entrer en Ukraine, mais je fus tres vite invite a rejoindre le bateau. L'equipage roumain me dit que "ces gens etaient fous" et me proposait de rester avec eux jusqu'au retour (20h) ou semblerait-il les agents des douanes seraient presents et pourraient me laisser passer. Je voulais bien attendre sur place leur arrivee (c'etait deja suffisamment complique pour arriver jusqu'ici), mais rien n'y fit, je dus retourner sur le bateau desormais bonde et m'appretais a retourner en ce lieu en passant par Silistra. C'est-a-dire revoir toutes les villes j'avais decouvertes depuis 2 semaines. En compagnie de 70 Moldaves parlant russe. Finalement, c'est peut-etre pas mal, ils sont jeunes, jouent a la belote, les filles sont charmantes et je vais pouvoir reprendre mon russe. Au cours d'une discussion avec une Moldave, en anglais, j'apprends que depuis le 1er janvier 2007, il n'y a plus besoin e visa pour aller en Moldavie. Cette information ouvre une nouvelle voie pour l'Ukraine. En effet, la route Galati-Reni passe en territoire moldave sur 600 m. Et comme il fallait un visa et que les douaniers moldaves etaient reputes redoutables, je n'avais jamais envisage cette option. Lors du controle douanier de Galati, je decide de demander confirmation de cette information aupres de la police des frontieres, mais n'obtint que des reponses contradictoires : visa, visa de transit, pas de visa, le probleme etant que les regles sont differentes pour les francais et les roumains. Et sans que je sache vraiment pourquoi, a un moment, ils m'invitent tous a partir si je le veux. Je leur fait confiance, je debarque donc a Galati desireux tout de meme d'avoir une reponse claire a ma question simple "faut-il un visa pour entrer en Moldavie ?". Mais la, je fus pris en charge par d'autres personnes et les problemes devenaient donc differents. Non seulement, je n'ai jamais su si j'avais besoin d'un visa ou pas, mais en plus, je devais etre "dans une voiture" au moment de passer les frontieres moldaves et ukrainiennes. Ca m'a rappele mon premier contact avec la Roumanie au barrage de Djerdap. Il me fallait donc parcourir 12 km et trouver 2 voitures acceptant de me conduire. Sans savoir si je pouvais passer la frontiere moldave. Si bien qu'on me proposa d'attendre le retour de la navette. J'aurais donc echange une croisiere sur le Danube a jouer a la belote pendant 7h au milieu de filles superbes contre une solitude desesperee et sans un sou (roumain) dans une zone portuaire ? J'ai failli rester, devant l'ampleur de la tache, devant le manque d'informations. Et puis ma folie s'est reveillee, j'ai pris mes sacs et je suis parti. Sans avoir mange, sans eau potable, 8h apres mon lever et en plein soleil. Evidemment, le trajet ne s'annoncait pas de toute beaute, banlieue industrielle et nationale, et 12 km, c'est bien plus que je ne peux faire sans m'arreter. J'en fis 7 au cours desquels pas une voiture ne marqua meme une hesitation sur le fait de me prendre en stop (dont un breton et un lyonnais). 7 km pendant lesquels je revis cette jeune Moldave prononcer le "No visa" qui est la seule et unique cause de ce periple. A mi-chemin, je fus intercepte par une agente de la police des frontieres qui, sur une espece d'echaffaudage et alors que je n'avais pas du tout remarque sa presence, me demanda ce que je faisais la. Et continua par la plus stupide des questions qui m'ait ete posees "Where is your car ?". Sur cette grande ligne droite et dans cette vaste plaine sans arbres, elle avait du me voir arriver depuis 2km, mais elle voulait savoir ou etait ma voiture. J'hesitai entre la reponse habituelle que son joli posterieur aurait aussitot contredit et un foutage de gueule du style "dans ma poche". Ne pouvant evidement repondre ce qu'elle aurait pris pour une insulte, je parlementai 3 mn et obtins le droit de continuer mon chemin. 1 km plus loin, deux nouveaux policiers se presentent, me demandant mon passeport et font tres vite preuve d'une amabilite hors du commun. On discute de longues minutes et, meme si je suis presse de continuer, je me prete volontiers a ce qui est peut-etre leur seule occupation de la journee. Puis, ils arretent une voiture pour qu'elle me conduise en Moldavie, et la, comble de chance, elle est moldave, a de la place et accepte. Il faut dire que c'est difficile de refuser un service a un policier. La suite n'est qu'une succession de circonstances favorables. Apres avoir franchi le Prut, on arrive au poste de frontiere moldave. L'attente est plus longue que d'habitude (30 mn), mais j'y trouve de l'eau, les douaniers sont tres corrects et me laissent passer sans probleme. J'ai enfin la reponse a ma question. Les 600 metres de Moldavie l'auront ete a bord de cette meme voiture qui me proposait de m'emmener a Reni (moins de 10 bornes) pour 50 euros. Il y en a vraiment qui ne manquent pas d'air ou qui se trompent lourdement sur ce que je suis pret a payer. Ils ont meme essaye de negocier 10 euros pour m'avoir emmener jusqu'ici. Comme s'ils avaient eu le choix, et puis de toute facon, il est trop tard, je suis a destination et je refuse de contribuer a ce caractere venal roumain. Ils me laissent donc au poste de fontiere ukrainienne admirant le Danube, prenant conscience qu'il s'agit de son 9eme pays et en passe de realiser mon pari. A defaut d'avoir besoin d'une voiture, le passage en Ukraine recquiert de la patience. A l'arrivee, ils me remettent un bout de papier sur lequel ils ecrivent la version cyrillique de mon nom puis me conduisent de guerites en bureaux et de bureaux en salles de controle. En tout, je suis passe devant 6 personnes, mon papier a eu 4 tampons de forme et de couleur differentes (je n'ai malheureusement pas pu le garder), et pas un agent ne prononce un mot d'anglais. Ici, on parle russe, monsieur. Bref, je penetre enfin sur le tant desire sol ukrainien. La premiere chose que je vois est ce ciel bleu sur les champs de ble, la signification de leur drapeau est donc verifiee, et je suis tellement heureux que je me refuse a manger, faire du stop (6 voitures en 2 heures) ou ecouter ma BO. J'arrive a Reni extenue mais comble. Je trouve meme un distributeur de billets et un logement pas cher grace a une bande d'enfants adorables. Le plus surprenant, c'est qu'a un moment, je revois tous ces Moldaves sur une place, ils se retournent et me font de grands signes. Je me suis vraiment demande si je revais, je les avais quitte 5 heures auparavant en partance pour la bulgarie et les voila de nouveau en Ukraine. En fait, le bateau, mon bateau donc, est encore tombe en panne, on a du les reconduire a Reni. Je n'ose m'imaginer si j'etait reste avec eux ou si je les avais attendus a Galati. Je serai peut-etre arrive a Reni sans encombre ou bien je serai peut-etre toujours en Roumanie.

Izmail, le 14/08

Hier soir, j'ai partage ma chambre avec un russe d'allure tres modeste, Edouard. Il avait la tete du T1000, mais le plus effrayant est ce que j'appris sur lui. Magre une apparence decontractee et souriante, et hormis le fait qu'il fumait deux paquets de cigarettes par jour, il me dit etre un douanier a la retraite (il avait 40 ans en paraissait 30), aspire a un poste de depute et travaille dans le commerce de l'essence bio pour un patron (ex ?) mafieux. Au restaurant, il commanda au moins 8 plats, tous succulents, mais on ne put en finir la moitie. L'etablissement a bien profite de cet argent militaire et mafieux, et moi aussi par la meme occasion. Bienvenue dans le monde de l'est.

Ce matin. il devait m'emmener a Izmail, il se leva a 7h20, fut pret a 7h30. Heureusement que j'avais anticipe l'affaire. Heureusement aussi que je n'ai pas besoin de manger, car le cafe qu'il m'avait propose en arrivant a Izmail se transforma en un cafe - c'est tout - a 11h apres m'avoir fait poireaute deux heures pour ses affaires (politiques, cette fois). Entre temps, il prit en stop un policier des frontieres (decidement, je crois que depuis que je suis en Ukraine, j'ai vu plus de ces gens-la que de gens civils), demanda 10 fois son chemin et se trompa deux fois de direction (meme moi, j'aurais su ou aller, ou l'armee rend senile ou elle les recrute debiles). Il y eut quand meme un formidable moment de bonheur quand on roulait a 120 dans sa Nissan Micra sur les routes les plus defoncees que j'ai jamais vues, sans ceinture (ici, la mettre parait siginifier ne pas faire confiance au chauffeur), le Danube a droite, les champs a gauche et une delicieuse musique russe dans les oreilles.

Avant de me coucher, deux images. Celle de ce camion de pompier tout droit sorti des aventures de Tintin deboulant d'un rue avec sa sirene. Les voitures le laisserent passer, mais comme il avait ralenti avant l'intersection, il a du mettre 10 secondes avant de pouvoir tourner. Ca va, le chat peut rester encore quelque temps sur son toit.

100 metres plus loin, dans un parc a la tombee de la nuit, une petite de 3 ans se tient au beau milieu d'un massif de fleurs avec dans sa main un bouquet plus gros que sa tete. De dos, ses boucles blondes arrivent a hauteur de ses epaules dont la partie gauche se trouve denudee par la tombee de sa bretelle sur son bras. Regulierement, telle l'abeille qui butine, elle se penche, et, d'un geste expert, cueille une fleur qui vient aussitot agrandir son bouquet. Sa mere est a cote en train de discuter, personne ne semble lui preter attention, mais apres son passage, il ne restera plus aucune de ces fleurs pourpres. Que peut-on dire devant la naivete incarnee ?

Plus : ces villes bourrees d'arbres avec des maisons a taille humaine.

Moins : le PQ avec des trous.

Izmail, le 15/08

Une ville avec un nom pareille merite bien que j'y reste deux jours.

Depuis l'Autriche et peut-etre Budapest ou Belgrade, je n'ai jamais vu autant de grosses voitures, toutes de couleur noire. Avec un salaire moyen a moins de 100 euros par mois, c'est surprenant et signifie que beaucoup gagnent beaucoup moins. C'est le salaire median qui serait revelateur, mais peut-etre ferait-il trop peur ? Cependant, la pauvrete se voit moins que dans mes precedentes destinations. L'habitat se presente sous une forme plus campagnarde, on observe moins de bidonvilles. En revanche, ici, les gens se baignent, deambulent sur les plages ou dans les parcs comme d'autres cherchent des pepites en Afrique ou en Amerique.

Je ne m'en suis a peine apercu, mais j'ai franchi une nouvelle frontiere, celle de l'ex-URSS. Il y a 18 ans, cette ville appartenait au meme pays que Samarcande. Une majorite, une eternite.

On m'avait promis des filles jolies, pour l'instant, on ne peut pas dire que je sois servi. Les Ukrainiennes ont de la poitrine, ce qui leur donne un avantage sur leurs homologues de fashionTV, mais comme elles, elles manquent cruellement de charme ... et de sourire. Mais ca, je peux comprendre, la vie ici ne prete pas vraiment a sourire.

C'est bien mignon cette histoire "un peuple, une nation, un langue", mais d'abord, ici, l'Ukrainien, tout le monde s'en fout, et puis ils ont deja assez de difficultes avec le Russe et l'Ukrainien pour s'embarrasser avec une autre langue comme l'anglais. Alors peut-etre qu'une langue contribue a creer une identite, quoique j'ai plutot l'impression que c'est une cause de discorde entre habitants d'un meme pays, ce qui est sur, c'est que ca ralentit leur developpement, d'une part au niveau potentiel individuel, d'autre part au niveau du pays et de sa capacite d'accueil.

PS : Bonne fete a toutes les Marie, bonne fete a toutes les femmes. Cheres ames, un grand merci.

Izmail, le 16/08

Au chapitre des expressions ridicules, permettez-moi que j'ajoute "ce qui ne tue pas rend plus fort". Si suite a un accident ou un traumatisme on perd un membre ou la memoire, je vois mal comment apres on peut etre plus fort.

Il y a deux formes de dependance legale qui ne me genent pas pour les plus riches : les jeux d`argent et la cigarette. Dans le tas on trouve tous les mafiosi et autres trafiquants d`armes, de petrole ou de produits financiers. Alors qu`ils meurent dans d`atroces souffrances ou du moins que leur corps et leur fortune soit affaiblis ne me derangent pas le moins du monde. Mais pasque ces addictions sont organisees et que l`on trouve paquets de cigarettes et machines a sous jusque dans les gares routieres les plus lugubres, les plus pauvres usent de ces drogues et sont ainsi maintenus dans leur etat peu enviable. Evidemment, il s`agit d`une double liberte individuelle et commerciale, evidemment, il ne s`agit pas d`organiser le bonheur de chacun. Mais vous ne touvez pas que c`est desesperant ?

L`image du jour : une grosse et mechante vieille dame trainant son minuscule chien pas plus gros que son avant-bras. La recherche d`une compagnie n`a pas de poids.

Partie de l`Univers, du Monde, de l`Europe. Europe occidentale, centrale, orientale. Allemagne, Autriche, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie, Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Ukraine. Baden-Wurtemberg, Bayern, Haute et Basse-Autriche, Vienne, Bratislava, Slovaquie du sud, Transdanubie occidentale, Budapest, Grande plaine hongroise, Transdanubie meridionale, Slavonie, Voivodine, Serbie, Bulgarie du nord, Dobroudja, Moldavie, Delta roumain, Delta ukrainien. On pourrait encore subdiviser en autant de bronchioles ce Danube, poumon de l`Europe qui pose avec beaucoup d`acuite les questions de limite, de frontiere et d`identite. Lui-meme n`a pas d`existence bien definie, on ne sait pas trop ou il commence (Breg, Brigach, confluence des deux, source de Donaueschingen ?), encore moins ou il finit (selon les ecrits 3 ou 12 bras forment son delta,